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la revanche celto-romaine : les capétiens

doctrines logiques poussées à l’extrême, pour les solutions rendues simples et claires par leur radicalisme même. Très différentes à cet égard avaient été les sectes orientales. Pourtant celle des Manichéens ou des Bogomiles dont les doctrines aboutissaient au rejet de toute autorité avaient pu satisfaire les esprits niveleurs d’occident. Elles avaient ainsi conquis des sympathies en Lombardie, en Allemagne et en France. À Agen dès 1010, à Orléans dès 1022 leurs adeptes s’étaient montrés remuants. Quand le mouvement s’accentua, ce fut surtout en Languedoc qu’il prit racine. Un grand nombre de sociétés secrètes s’organisèrent. Albi en fut le centre principal ; d’où le nom d’albigeois donné à ceux qui en faisaient partie.

L’Église bien entendu se défendit. Elle eut le renfort d’ordres religieux nouvellement fondés : les Chartreux à Grenoble en 1086, l’ordre de Fontevrault en Poitou en 1099, celui de Citeaux près Dijon en 1098 ; elle eut aussi l’appui de nombreux conciles tenus à Bourges, à Limoges, à Reims, à Rouen, à Toulouse, à Tours Malgré cela l’opinion demeura divisée. Car il existait une opinion et dont les interventions n’étaient nullement négligeables. Il en est de l’opinion comme du patriotisme. Ce n’est point chose nouvelle. Elle fut de tous les temps mais son influence varia selon que les institutions la favorisaient ou la comprimaient. Dans la France capétienne, l’opinion ne fut jamais inerte ; elle sut souvent se faire écouter. Louis VII si affaibli par les circonstances et par ses fautes politiques, trouva en elle un constant appui. De même les légats de Grégoire VII quand ce pape entreprit de réformer les mœurs ecclésiastiques. « Le peuple ne voulait ni prêtres mariés ni évêques simoniaques. »[1] a-t-on écrit. Et il eut raison contre les seigneurs volontiers indulgents à un état de choses qui facilitait leur emprise sur le clergé.

En ce qui concerne les hérésies du xime siècle, ceux qui les professaient auraient eu pour eux le vent d’anticléricalisme qui soufflait çà et là et dont témoigne une littérature populaire foncièrement irrespectueuse et indocile. Cet esprit frondeur trouvait de l’écho jusqu’autour du trône si l’on en juge par une anecdote considérée comme authentique et qui nous montre Philippe-Auguste ayant à choisir un évêque parmi un groupe de

  1. La « simonie », c’était tout trafic d’un bien d’ordre spirituel contre un avantage ou profit matériel. L’origine de ce terme est la légende de Simon le magicien qui aurait proposé aux apôtres Pierre et Jean de leur acheter le pouvoir d’« imposer l’Esprit Saint ».