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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/95

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la revanche celto-romaine : les capétiens

En regard de ces libertés matérielles conquises sous forme de franchises municipales, la liberté de la pensée fit à cette époque parmi le peuple de grands progrès. On n’y a pas pris garde ; c’est que, dans la classe réputée instruite, régnait la stagnation de l’esprit. Non qu’on y manquât de zèle pour apprendre mais les connaissances étaient stationnaires et comme emprisonnées dans le réseau des raisonnements conventionnels. Reims, Chartres, Angers, Orléans, Périgueux possédaient des écoles renommées. De même l’abbaye de Cluny et celle du Bec en Normandie. À Paris dès le xime siècle, il y avait eu affluence d’étudiants. Au xiime leurs groupements qu’illustrait la parole d’Abélard (1101-1136) s’étaient mués peu à peu en une université qui vers 1231 comprenait quatre facultés : théologie, jurisprudence, arts, médecine. En réalité la théologie dominait et desséchait tout. Les programmes d’enseignement étaient ceux en vigueur depuis cinq siècles. On n’y avait rien changé. C’étaient le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique). Mais il n’y avait là que des titres sonores, recouvrant quelques notions exactes, beaucoup de fausses, le tout ressassé indéfiniment comme l’est aujourd’hui dans les écoles islamiques le texte du Coran. La réapparition des écrits d’Aristote apportés de Tolède où ils avaient été traduits de l’arabe en latin, aurait pu causer une révolution féconde. Il n’en fut rien. Théologie et dialectique s’en emparèrent. On disserta, on discuta sur des formes et des mots. Le goût de la chicane s’en accrut sans que naquit un véritable esprit critique. Aucune conception profonde ne germa. Une sorte de snobisme intellectuel régnait. À Paris près du « petit pont » qui conduisait dans l’île, il y avait des professeurs libres très en vogue. L’un d’eux qu’on appelait Adam du Petit-pont eut grand succès en apprenant, dit un chroniqueur malicieux, « à parler d’une manière obscure qui donnait au public naïf l’impression de la profondeur ». Fort heureusement tandis que l’université s’adonnait à ces pauvretés en mauvais latin, toute une littérature populaire faisait éclosion en dehors de son action. Les « chansons de geste » s’étaient multipliées dès la fin du xime siècle. C’étaient la Chanson de Roland, Ogier le Danois, Raoul de Cambrai, Garin le Loherain, Girard de Roussillon, Amis et Amiles, Aubry le