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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/89

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la revanche celto-romaine : les capétiens

mais son fils Robert ii en régna trente-cinq ; son petit-fils Henri ier, vingt-neuf ; son arrière petit-fils Philippe ier, quarante-huit. Ce sont là des durées surprenantes si l’on songe aux agitations ambiantes, aux écueils, aux compétitions que devait susciter le voisinage de vassaux plus riches et plus puissants que leur suzerain. Aucune somnolence pourtant ; rien qui rappelle les rois « fainéants » de l’époque mérovingienne. Ces princes s’ils savent se terrer à point, savent aussi intervenir dès l’instant propice. Robert le fait en Flandre, Henri en Lorraine. Quant à Philippe qu’on a tant calomnié, directement menacé par le fait du duc de Normandie devenu roi d’Angleterre, il trouve tout de suite la bonne formule ; ne rien brusquer mais travailler à opposer les intérêts du duché à ceux du royaume pour préparer la brisure future. La tête ne leur tourne point dans le succès. Robert n’hésite pas à décliner pour les siens et pour lui-même la couronne d’Italie pour laquelle on le pressent et la dignité impériale qui en découlerait. Ce serait lâcher la proie pour l’ombre. Un clair bon sens et la notion du temps, voilà les assises de l’opportunisme capétien par quoi il se révèle original et s’affirmera si efficace. Armé de ces principes, on fait contre fortune bon cœur. Si l’on ne peut empêcher la Bourgogne de passer féodalement entre des mains allemandes, on en retient du moins la partie la plus proche, la Bourgogne dijonnaise, en attendant de pouvoir prétendre au reste. Les alliances lointaines n’effraient point. Henri ier épouse la fille d’un « Grand prince » de la naissante Russie[1]. Mais surtout il y a, dès le règne de Robert, cet « amour des pauvres et des petits » qui fera tant de bien à la dynastie en lui gagnant le cœur du peuple. Alors qu’importe que cette monarchie du xime siècle soit un « mélange de misère et de grandeur, d’indépendance et de force » que l’administration en reste rudimentaire, qu’elle déambule perpétuellement entre Paris, Orléans, Melun, Étampes, Compiègne, Poissy ou Mantes comme si elle ne pouvait se fixer nulle part ? Qu’importe la passion coupable de Robert pour la célèbre Berthe qu’il garde longtemps auprès de lui malgré les anathèmes du Saint-siège ? Qu’importe que Philippe ier se montre cupide et sensuel et fasse scandale par ses amours avec la comtesse d’Anjou ? Tout cela n’empêche pas que, de toutes parts, on ne regarde vers le roi

  1. Anne, fille de Jaroslav. Elle pensait descendre d’Alexandre le grand. Et c’est pourquoi elle donna à son fils ce prénom de Philippe peu connu jusqu’alors en occident et qui par elle s’introduisit dans l’histoire de France.