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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/78

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histoire universelle

dès 1027 en comté séparé, le germanisme n’y progressa pas mieux Telle fut cette « première bataille de Bourgogne » dont le récit est ici à sa place et qu’on a le tort de considérer comme un à-côté de l’histoire. Elle en constitue bien au contraire un des plus importants carrefours, l’un de ceux où s’est le mieux affirmé et fortifié le destin de la civilisation celto-romaine.

On a souvent répété que c’était la querelle dite des « investitures » qui avait mis aux prises le Saint-empire et la papauté. L’affirmation est trop simpliste. En réalité le conflit fut complexe et les intérêts matériels n’entrèrent pas seuls en jeu. Après les scandales qui avaient un temps déshonoré les élections pontificales, l’intervention d’Othon ier s’était révélée bienfaisante. Mais la répétition du même geste par ses successeurs en fit sentir le danger. Une série de papes allemands furent ainsi imposés après le pontificat de Gerbert et un jour vint où Henri iii (1039-1056) se crut autorisé à désigner tout simplement pour occuper la chaire de St-Pierre son confident et ami l’évêque de Toul. Ce prélat du reste devenu Léon ix, se montra zélé partisan de la réforme du régime électoral du Saint-siège. Cette réforme était réclamée par une grande partie de l’opinion. Hildebrand (le futur Grégoire vii) dont l’action commença de s’exercer au même moment, prétendait y trouver l’occasion et le point de départ d’une régénération totale de l’Église. Or pour le tenter, il fallait reprendre en mains la direction des rouages ecclésiastiques et, pour la reprendre, il était nécessaire d’en finir avec les ingérences du pouvoir temporel. Ces ingérences se produisaient en Allemagne de façon permanente. Non seulement les princes laïques avaient accaparé la nomination des évêques — laquelle théoriquement au moins appartenait encore aux fidèles — mais ils en faisaient l’objet d’un trafic ; et ce trafic se reproduisait à tous les degrés de la hiérarchie. Tout était devenu fief et se vendait : l’abbaye, l’évêché, le poste de curé, la dignité de chanoine. Moins le seigneur était fortuné, plus il tenait à cette source de revenus et se préoccupait de ne pas la laisser tarir. Par ailleurs beaucoup de religieux et même de laïques s’indignaient de cet état de choses et voulaient qu’on en revint à l’esprit de l’Évangile. De là l’animosité, la violence avec lesquelles les partis se formèrent et s’affrontèrent. D’autres causes de division surgirent. Il y