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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/67

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la fondation des états slaves

l’alföld, cette immense et fertile plaine centrale vaste de cent mille kilomètres carrés et encore, de l’autre côté du lac Balaton jusque vers Vienne une autre plaine de douze mille kilomètres carrés. Or, sur deux tiers de leur pourtour, ces pâturages privilégiés se trouvaient défendus par d’importantes fortifications naturelles, les Karpathes et les Alpes de Transylvanie. Quelle merveilleuse contrée pour diriger de là sur l’Allemagne, la France, l’Italie de fructueuses expéditions et y abriter au retour le butin réalisé. Les Huns n’avaient pas été les premiers à se prévaloir de tels avantages mais ils les avaient copieusement utilisés. À la hauteur de Budapest à peu près, Attila avait eu son camp principal. Aux Huns, les Avars avaient succédé. Ils entassaient le produit de leurs rapines au centre de retranchements circulaires appelés rings (anneaux). Leur sauvagerie ne s’amenda pas ni leur cruauté et l’Europe occidentale en souffrit terriblement pendant plus d’un siècle. Pépin et Charlemagne en eurent enfin raison. Mais à peine les Avars éliminés, parurent les Magyars ou Hongrois. Hongrois vient de Ongrie terme longtemps employé pour désigner une région assez imprécise à l’est de l’Oural. Quant au mot Magyar la racine en est inconnue[1]. Ils franchirent les Karpathes sous la direction de leur roi Arpad (889-907) au nombre, dit-on, de plus de deux cent mille guerriers ce qui a fait estimer à près d’un million le total de l’émigration car ils avaient leurs familles avec eux. Mais ces chiffres semblent exagérés. Nul ne pouvait prévoir, sinon par la discipline dont ils donnaient l’exemple rare, à quels destins cette race était promise. En attendant elle épouvanta l’Europe par sa férocité. Cinquante années durant, elle exerça ses ravages sur l’Allemagne et le nord de l’Italie. Des bandes magyares arrivèrent jusqu’en Provence et d’autres en Lorraine. Par leurs victoires de 933 et de 955 les empereurs allemands Henri ier et Othon le grand les immobilisèrent ; leur conversion devait d’autre part les transformer avec une rapidité surprenante.

Celle des Slaves s’accomplissait dans le même temps. Tandis qu’isolés, les Slaves du sud ou Jougo-slaves perdaient chaque jour un peu de leur indépendance, voyant des colons allemands s’établir parmi eux et les commander en sorte que beaucoup d’entre eux passèrent au rang de serfs des nouveaux propriétaires

  1. En langue magyare de même nature que le finnois mais mêlée de mots turco-asiatiques est une de celles qui sont demeurées les plus intactes malgré les emprunts de termes slaves, latins ou allemands.