Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/57

Cette page a été validée par deux contributeurs.
53
l’angleterre et les scandinaves

formidable car les populations affolées s’enfuient ; la Gaule n’a plus depuis longtemps de gouvernement et la France n’en a pas encore. Tout le ixme siècle à partir de l’an 830 se passe ainsi. Une fois les Normands parviennent jusqu’à Toulouse ; une autre fois ils mettent le siège devant Paris. Leur rapidité est inouïe, leur fureur de destruction souvent exacerbée. À la longue pourtant, il leur advient de vouloir « s’établir » quelque part et en finir avec une existence qui les lasse. En 911 ils se font céder la province qui prendra leur nom : la Normandie. Et un des plus grands phénomènes de l’histoire s’accomplit. Sur cette terre celto-romaine, fertile et peuplée, ils ne sont qu’une poignée. Ils en épousent la mentalité avec les intérêts. Dans le temps le plus court, ils en font non seulement le plus riche mais le plus français des duchés féodaux, non seulement le plus stable mais le mieux gouverné. Et c’est ainsi que cent ans après, le goût des aventures subsistant au fond des cœurs, le duc Guillaume se trouve prêt à « s’annexer » l’Angleterre tandis que les petits gentilshommes du Cotentin dont nous avons déjà conté l’histoire s’en vont se construire sous le ciel bleu de la Méditerranée des royautés encore plus imprévues.

Après une série d’attaques sans suite, les Danois avaient armé en 866 une flotte considérable qui s’était dirigée vers l’Angleterre. Une grande bataille gagnée par eux près d’York leur avait livré le pays. Ils l’avaient dévasté avec furie sans chercher à y créer d’autres établissements que ceux nécessaires à abriter leur butin. C’est bien ainsi qu’agissaient alors en France leurs frères, les pirates normands. Mais le souverain qui manquait à la France pour centraliser sa défense, l’Angleterre le posséda en la personne d’Alfred le grand. Les trente années qu’il régna (871-901) sont un honneur pour l’humanité. Il est peu de gouvernants dont l’œuvre échappe plus complètement à toute critique tant l’équilibre en est parfait. Héritant d’une situation désespérée, retiré avec une poignée de fidèles dans les bois marécageux où il éleva une sorte de citadelle, Alfred sut, de ce misérable asile, réveiller les énergies de ses sujets et les préparer à reconquérir la liberté. L’heure venue, il affronta l’ennemi avec la résolution tranquille des vrais héros. La victoire récompensa ses efforts. Dès 878 il imposait aux Danois un traité de partage qui ne leur laissait qu’un territoire désavantagé —