Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/44

Cette page a été validée par deux contributeurs.
40
histoire universelle

était demeuré roi des Francs et cela seulement. Il avait laissé la Germanie inorganisée et l’Italie désorientée. Quant à la Gaule, il n’avait rien su faire pour la tirer du chaos où l’avait jetée la poussée franque. Elle devait en sortir pourtant, grâce aux rois Capétiens, grâce surtout à la survie de la civilisation celto-romaine ancrée au sol.


LA FORMATION DE LA GERMANIE

La préhistoire est aux prises en ce qui concerne la Germanie avec un certain nombre de problèmes qu’elle cherche à élucider à l’aide de quelques découvertes et de passablement d’intuition. L’histoire n’a pas jusqu’ici à tenir compte de ces données douteuses. Les Germains, du plus loin qu’elle les peut observer, lui apparaissent divisés en deux groupes distincts qui se font vis-à-vis sur les rives de la Baltique et ont donné naissance à l’Allemagne d’une part, à la Scandinavie de l’autre. Les premiers sont des « terriens » ; les seconds sont en majeure partie des marins. La nature dont l’action cisèle si fortement les races primitives les a dès alors marqués de traits indélébiles. Les uns sont destinés à des aventures lointaines ; ils joueront un rôle essentiel dans la formation de l’Angleterre et de la Russie et feront preuve à l’occasion d’une étonnante faculté d’adaptation aux circonstances et aux milieux. Les autres, au contraire, créeront sur place, au centre de l’Europe, une vaste communauté dont l’imprécision géographique n’empêchera point l’unité de demeurer compacte à travers les vicissitudes d’une existence politique agitée et difficile mais dont ils ne pourront s’éloigner ou s’abstraire sans qu’il en résulte un affaiblissement et comme une désorientation de leurs capacités.

Des trois parts que Louis le débonnaire avait taillées pour ses fils dans l’empire de son père Charlemagne, la plus pauvre et en apparence la moins désirable était la part germanique. Mais c’était la seule homogène et, partant, la plus capable d’aider à la formation d’une nation. C’était aussi la seule où il restât des « hommes libres » en quantité appréciable. Ailleurs la