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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/37

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la poussée franque et son échec

peu de temps, Clovis, avant de mourir l’a de sa propre main dépecé en quatre morceaux au profit de ses fils. Childebert a la région centrale, Paris, Chartres, Le Mans ; Clotaire, le nord, de l’Oise au Rhin hollandais ; Clodomir, la Touraine, le Poitou, le Bordelais ; Thierry, les pays de l’est jusqu’au Rhin et puis Clermont-Ferrand, Cahors, Rodez, Albi. Il est clair que ni le roi ni ses héritiers n’ont la moindre vision d’une unité gouvernementale quelconque. Le partage est complet. Aucun lien commun ne subsiste. L’indépendance est assurée à chacun dans son lot et si leurs quatre capitales, Reims, Orléans, Paris et Soissons se trouvent relativement rapprochées, c’est pur hasard. Nul profit n’en résulte. Comment l’Église encore si proche de la tradition romaine a-t-elle pu laisser faire ? Faut-il croire qu’ayant élevé cette monarchie barbare, elle redoute soudain de la voir devenir trop puissante ?

Elle ne tardera pas, en tous cas, à devoir rougir de son œuvre. Une période commence qui va être une des plus vilaines de l’histoire, à la fois criminelle et stérile. Guet-apens, trahisons, meurtres… rien d’autre. Les fils de Clovis et leurs successeurs s’égorgent entre eux et ravagent les territoires les uns des autres. Un moment l’unité se trouve refaite par le hasard aidé du crime entre les mains de Clotaire (558). À sa mort le partage reparaît entre ses quatre fils. Comme on ne peut s’entendre au sujet de Paris, la ville est déclarée indivise. Nul n’aura le droit d’y entrer sans la permission des autres. Une débauche effrénée chez les grands, de la misère chez les petits, la guerre civile en permanence, le despotisme, la cruauté, tous les vices, aucun principe de gouvernement, ni impôts, ni armée, ni justice, ni police. Les figures qui pendant quarante ans dominent cette orgie sont celles de deux femmes qu’une jalousie forcenée oppose l’une à l’autre : Brunehaut et Frédégonde, vrais personnages de cinéma ou de roman-feuilleton. Frédégonde est une ancienne esclave tirée du harem de Chilpéric, roi de Soissons et promue au rang de légitime épouse. Brunehaut est la fille du roi des Wisigoths et la femme de Sigebert, roi de Reims. Toutes deux ont des fils pour lesquels leurs ambitions se heurtent. Chez Brunehaut il y a du moins quelque dignité princière et le sentiment de ce que doit être un État. Les autres n’en ont aucune notion. Au milieu de cet affreux désordre certains faits sont pourtant à noter parce qu’ils préparent l’avenir. La monarchie des Burgundes a été abolie mais elle garde une autonomie. Elle a un vice-roi pour