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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/33

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la poussée franque et son échec

vallée du Rhône Que si l’on jette les yeux sur une carte historique de l’Europe vers cette époque, on y voit ces royaumes dessinés en teintes précises avec des limites fixes. Les Wisigoths s’étendent de Gibraltar à la Loire ; ils touchent à Orléans. À droite de la Loire jusqu’aux Alpes dans un sens et d’Avenches à Arles dans l’autre, ce sont les Burgundes. La région entre Metz et le lac de Constance est indiquée comme possédée par les Alamans. Une ellipse dont Tournai et Cologne seraient les deux foyers silhouette les possessions des Francs. L’Armorique reste isolée. Enfin du nord de la Loire à Amiens et de Nantes à Metz à peu près, c’est le domaine romain qui, faute d’un titre régulier, porte le nom du dernier représentant de l’empire, Syagrius. La répartition est exacte en principe mais pour autant qu’on tienne compte des différences de régime. Elles sont extrêmes. Nous l’avons déjà indiqué ; on n’y saurait trop insister. D’abord sous tout cela, il reste la population celto-romaine, abondante et qui n’a ni péri ni été déportée. Dans tout le sud-ouest de la Gaule, les Wisigoths ne représentent guère par rapport à elle qu’un État-major de dirigeants avec une petite armée et quelques forces de police. Encore le souverain s’entoure-t-il de conseillers celto-romains. Il en va de même chez les Burgundes. Peuple de tempérament tranquille mais longtemps errant, adonnés principalement aux métiers de charpentiers et de forgerons, n’ayant point de finesse mais solides et droits, ils ont été décimés dans leur odyssée coupée de batailles. Finalement, cantonnés en Savoie (435), ils y prospèrent. Ils sont là entre le Léman, le Rhône et la Durance, vivant en paix avec les Celto-romains. Un peu plus tard les gens du Lyonnais s’annexeront volontairement à leur territoire (457) et ce territoire vers 475 s’étendra jusqu’à la Méditerranée. Bien entendu ils ne le peuplent pas ; ils l’administrent seulement et leur roi Gondebaud (474-516) est un des meilleurs et plus éclairés parmi les gouvernants d’alors. La civilisation romaine continue : Lyon[1], Toulouse, Bordeaux demeurent des foyers de haute culture. Quand se dessine la menace d’Attila, ils sont tous debout pour la défendre. À Châlons (451) Aetius a sous ses ordres des Wisigoths, des Burgundes et même des Francs et la victoire qu’il remporte est bien une victoire romaine. Aetius mort (454), Avitus le remplace comme gouver-

  1. Lyon avait été incendiée et pillée en 197 lors d’une grande bataille livrée par Septime Sévère à un concurrent qui lui disputait l’empire : événement isolé mais qui coûta à la ville sa suprématie de capitale des Gaules.