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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/31

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la poussée franque et son échec

garnisons d’auxiliaires barbares. Des cités aussi éloignées que Rennes, Le Mans, Coutances reçurent des Germains. À Paris il y eut des Sarmates. Pouvait-on agir autrement ? Sans nul doute. Maints historiens ont reproché à Rome d’avoir deshabitué les Celtes du service militaire. Le reproche n’est qu’à demi fondé. C’est la plèbe des villes de Gaule qui avait alimenté le recrutement des légions de la frontière et l’offre était si considérable qu’elle avait constamment dépassé la demande. D’ailleurs la valeur des soldats celtes ne baissa point ; bien des témoignages en font foi. Un écrivain de la fin de l’empire le dit en propres termes : « Ils sont bons à tout âge ; jeunes et vieux portent au service la même vigueur ; ils bravent tous les périls. » Les avantages pécuniaires et sociaux faits au légionnaire romain ne cessèrent non plus d’être appréciés par eux mais si les soldats ne manquaient pas, il n’en allait pas de même des officiers. Dans la classe riche les vocations militaires étaient nulles. La montée excessive et rapide du luxe en avait très vite éteint le germe. Or on ne pouvait songer à donner des chefs étrangers aux troupes gauloises et surtout des chefs barbares. Il parut ingénieux de licencier peu à peu ces troupes et d’appeler des contingents barbares homogènes pour les remplacer. La fidélité de ces contingents fut souvent remarquable même contre leurs propres compatriotes car, éblouis par la grandeur romaine, ils étaient fiers de la servir. Leur seule présence sur le sol gaulois n’en préparait pas moins pour le jour où ce prestige faiblirait définitivement, la domination barbare. Quant aux Celtes licenciés, ils refluèrent vers l’intérieur et ne trouvèrent pas à s’y employer. Déçus et mécontents, bientôt chargés de dettes, ils fomentèrent des troubles et grossirent les rangs de ces bandes errantes de déclassés et de révoltés qui à plusieurs reprises commirent en Gaule, principalement dans le nord, toutes sortes d’excès.

C’est donc ainsi — en qualité d’auxiliaires à la solde de l’empire — que les Francs prirent contact avec la terre celte. On les chargeait de la garder. Ils ne demandaient pas mieux étant ses plus proches voisins et n’ayant rien à faire. Ils ne représentaient en effet ni une race distincte ni même un ensemble de tribus unies par des liens politiques stables ou par un passé commun. Ils n’étaient qu’une masse amorphe, une avant-garde du monde germanique poussée là par les hasards de la vie nomade. Dans la suite seulement, ils devaient former entre eux une sorte de vague confédération. Leur nom même était d’usage récent. Tacite ne le mentionne pas dans son énumération des peuples