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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/27

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le préceptorat romain

Germains parvinrent à pénétrer en Gaule et y saccagèrent plus de soixante villes, la fidélité ne fut pas ébranlée. Le ivme siècle apporta un répit. L’horizon demeurait sombre mais le calme régnait. Dans l’empire ébranlé et dont les institutions se désagrégeaient, la Gaule seule restait ferme, compacte et convaincue. Or il y avait plus de quatre cents ans que César l’avait conquise. Une semblable permanence dans les faits et les sentiments ne pouvait provenir ni du raisonnement ni de l’accoutumance mais bien d’une double homogénéité de la race et de la culture et d’une complète harmonie entre elles.

La Gaule celtique avant l’arrivée des Romains devait compter près de vingt millions d’habitants. La Gaule celto-romaine en compta probablement plus de trente. Aucune nation occidentale ne semble avoir été aussi pure de race et l’être restée. Le celtisme antique possédait une grande force d’assimilation et de résistance. Les États celtes, mobiles et querelleurs, tenaient beaucoup à leur autonomie mais au-dessus de cette autonomie politique ou géographique une unité de langage, de pensée et de penchants, une commune conception de la vie établissaient des liens très solides. À cet état de choses, ce qu’on appelle « la conquête romaine » n’apporta pas de modifications. Le terme de conquête doit être pris du reste dans le sens de simple soumission. Les « colonies » romaines établies par les premiers empereurs dans les vallées de l’Aude, du Rhône et de la Moselle ne comprenaient que de minimes contingents. C’est à trente mille au plus que C. Jullian a évalué le nombre de ces colons. « Qu’on double et qu’on triple ce chiffre, a-t-il écrit ; qu’on y ajoute les négociants, les industriels, les fonctionnaires, les esclaves ; cela ne fera jamais une immigration notable, comparable à celle que les Amériques reçoivent de nos jours et qui ait pu modifier le sang et le caractère d’une nation. » Il est certain que les émigrants italiens se dirigeaient plus volontiers vers le Danube ou l’Afrique du nord. Beaucoup de trafiquants étrangers circulaient en Gaule annuellement qui ne songeaient aucunement à s’y établir. Les Celtes étaient bien chez eux ; ils se gouvernaient eux-mêmes et se trouvaient défendus par leurs propres soldats.

L’armée devait se monter à quelques cent mille hommes, en grande majorité celtes, échelonnés depuis Leyde en Hollande jusque vers l’Aar en Suisse. Toutes les vingt lieues à peu près