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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/23

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le préceptorat romain

J.-C.). Les ennemis de César pensaient que son seul souci allait être de s’enrichir par des moyens analogues afin de payer les dettes dont ils le savaient obéré. Ils le connaissaient mal. Le grand homme avait de plus hautes ambitions.

César accouru sur les bords du lac Léman (58) commença par refuser aux Helvètes le droit de passage. Ceux-ci tenaient apparemment à leur projet. Ils essayèrent de le réaliser en traversant le Jura. Attaqués sur la Saône, ils se virent contraints de regagner leur pays et les foyers qu’ils avaient eux-mêmes incendiés en partant. César se tourna alors vers Arioviste. À Besançon ce dernier toujours hautain mais déjà un peu inquiet, consentit, après avoir d’abord refusé l’entrevue, à rencontrer le proconsul. César voulait probablement jauger son adversaire qu’il savait en relations avec plusieurs de ses ennemis à Rome. Arioviste aurait été disposé à partager la Gaule mais il n’intimida pas César que de pareils marchés ne pouvaient séduire. Il est probable que dès alors la résolution de César était prise de soumettre la Gaule entière mais, comme nous l’avons déjà fait remarquer, il n’est pas possible de déterminer à quel moment le proconsul conçut le dessein de faire de l’attachement celte la base du régime qu’il voulait instaurer dans sa patrie.

Les pourparlers rompus, on en vint aux mains. Arioviste fut battu et rejeté au delà du Rhin. César rentra aussitôt en Italie afin d’y lever les légions nécessaires. Lorsqu’il eût autour de lui cinquante mille hommes bien préparés, il retourna chez les Éduens où il s’était fait rapidement des amis et prenant pour base d’opérations leur territoire, il marcha sur Reims. La soumission des Rèmes fut complète et immédiate. Mais près de trois cent mille Belges s’armèrent et firent tête contre les Romains. César les défit au passage de l’Aisne, s’empara de Soissons et de Beauvais puis atteignit la Somme. De là tandis qu’une légion se dirigeait vers l’Armorique, César longeant la Sambre rejoignit la Meuse et pacifia la région. À l’automne de 57 les Celtes semblaient prêts à accepter un protectorat romain qui eût assuré leur sécurité en leur laissant la plupart de leurs institutions. César eut eu avantage à s’en contenter. Son intérêt personnel l’y engageait. Mais tandis qu’à Rome on ne saisissait pas encore la question celte, lui l’envisageait principalement dans ses rapports avec la Rome future qu’il voulait édifier. Il paraît avoir surtout cherché à encercler la Gaule, à la couper de tout contact périlleux et à établir solidement son autorité sur les frontières du nord et de l’est puis partant