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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/20

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histoire universelle

La Grèce, dit-on, eut pu y suffire. Depuis l’an 600 av. J.-C. — date généralement acceptée pour la fondation de Marseille — ses fils étaient établis sur ce littoral privilégié de la nature où les Celtes en arrivant refoulèrent les Ligures puis vinrent se mêler à eux. Marseille ne fut jamais un établissement isolé ; d’autres colonies grecques, Agde, Nice, Antibes… l’environnèrent. Encore moins demeura-t-elle sans rayonnement. Les lettres et le commerce s’y développèrent à la grecque, avec une simultanéité et une vigueur superbes[1]. Colonnades et statues se détachèrent sur son ciel pur tandis que ses marchands s’en allaient par les vallées de la Garonne, de la Loire et de la Seine vendre ou échanger les produits d’orient. Et précisément en raison des affinités de caractère dont nous parlions plus haut, Hellènes et Celtes s’apprécièrent et s’aimèrent. Les seconds n’avaient point d’alphabet ; ils prirent celui des premiers et écrivirent dès lors en caractère grecs. Mais l’admiration que dut leur inspirer la vue des monuments de Marseille ne les incita pas à les copier. Ils continuèrent de construire d’assez pauvres maisons de bois, bornant leurs goûts de luxe aux objets, aux armes, aux harnachements, aux étoffes, aux bijoux mais ne s’élevant pas encore vers les sommets de l’art, de la culture et de la politique. Il leur fallait pour cela une secousse et le contact de formules de vie entièrement différentes des leurs. Il leur fallait l’ordre romain.


LE PRÉCEPTORAT ROMAIN

Ce fut Marseille qui provoqua sa venue — et sans aucune intuition des conséquences qu’aurait son geste. Déjà en l’an 181 puis en l’an 154, elle avait fait intervenir Rome dans des querelles entre elle et des peuplades ligures, ses voisines. Trente ans plus tard (125 av. J.-C.) nouvel appel. La guerre cette fois s’alluma entre les Romains et deux des plus puissants parmi les peuples celtes, les Allobroges (vallée du Rhône) et

  1. Il semble que Marseille ait été dirigée par un patriciat de riches négociants qui se méfiaient de la richesse et s’inquiétaient de restreindre le luxe. À la sagesse politique ils joignaient la sérénité de l’esprit. Valère Maxime dit que celui qui voulait échapper à la vie, s’il justifiait de ses motifs devant le sénat de la cité, en recevait le poison libérateur.