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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/17

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la race, les états et le génie celtes

montagnes de Suisse. Au delà du Rhin, de grands mouvements de peuples s’étaient opérés sur lesquels nous sommes mal avertis. La Germanie en formation s’emparait peu à peu de son domaine futur, refoulant les Celtes, les chassant des rives de la mer du Nord et du bassin de l’Elbe. L’empire — ou pour employer un mot allemand, qui exprime mieux les choses, le Reich — celte se désagrégeait dans l’Europe centrale et orientale laissant subsister en Bohème, sur le Danube, en Illyrie, en Thrace et jusqu’en Russie méridionale des îlots, les uns organisés pour une résistance ethnique assez longue, les autres plus ou moins inorganiques et condamnés à une prochaine disparition. Au contraire sur le sol de France et de Belgique, d’Angleterre et de Suisse il semblait que les Celtes fussent en passe d’absorber tous les éléments étrangers. Ils formaient là l’agglomération la plus étendue et la plus compacte qu’on eût encore vue. Mais comme César devait l’exprimer plus tard en son langage aigu et péremptoire, tout cela, c’était « puissante race, faible société ». On n’a jamais mieux précisé que par ces quatre mots ce qui assurait la pérennité des influences celtes et en même temps vouait les institutions à l’impuissance politique.

Ces institutions oscillaient entre la domination de l’aristocratie et celle du peuple, celui-ci abdiquant parfois entre les mains d’un souverain élu et plus ou moins contrôlé. Des confédérations d’États se formaient, tantôt sous l’influence d’amitiés traditionnelles, tantôt sous l’action d’intérêts immédiats ou d’événements imprévus. Ces gouvernements dépendaient avant tout de la fougue guerrière prompte à se manifester et du culte de l’éloquence toujours prête à se faire sentir, « rem militarem et argute loqui » (se battre et bien parler) a dit des Celtes Caton l’ancien, cherchant à dégager leurs caractéristiques. Et d’autres auteurs, Posidonius ou Diodore de Sicile par exemple, ont complété le portrait par des traits multiples et intéressants. Le Celte est impulsif, généreux « prenant volontiers en main la cause de l’opprimé », hospitalier, souvent naïf, avide de choses nouvelles, de récits merveilleux et malgré cela enclin à des retours de scepticisme qui arrêtent l’élan de son imagination et l’incitent à calculer ; enclin aussi à des mélancolies qui apaisent son exubérance et tempèrent sa joie de vivre ; présomptueux avec cela, usant et abusant de l’hyperbole « soit pour se vanter lui-même soit pour abaisser les autres », goûtant les liens de la famille et le charme de la tendresse conjugale, présentant un singulier mélange d’aspirations progressistes et de passivité