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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/155

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l’europe à la fin du xve siècle

suite de sanglantes péripéties fut célébré à Gand où Marie s’était réfugiée après la mort de son père. Louis xi, dit-on, s’en montra « surpris et ennuyé ». Cinq ans plus tard Marie étant morte prématurément, Louis s’occupa de reprendre l’avantage. Le traité d’Arras (1482) lui donna satisfaction. Il parvint à détacher la Bourgogne et à la garder. Quant à l’Artois et à la Franche-comté, ils serviraient de dot à la petite princesse Marguerite, fille de Marie et fiancée dès alors au dauphin. Au même moment Louis xi eut la chance d’hériter de la Provence. En 1113 la Provence avait passé par mariage au comte de Barcelone et en 1246 de même à Charles d’Anjou frère de Saint-Louis. La dynastie régnante maintenant s’éteignait en la personne du « bon roi René » qui léguait le pays au roi de France. Il le lui léguait autonome et sain, y ayant à merveille développé le goût littéraire et artistique et acquis une popularité qui dure encore. Ainsi la France rentrait en possession de l’illustre berceau de ses destinées, du sol où « l’ordre romain rencontrant le génie celte », s’étaient posés « les prémisses de la civilisation occidentale » :

Le règne finissait mieux qu’on ne l’eût pu croire. En quoi des contingences heureuses avaient joué le principal rôle. Rendu plus circonspect et plus avisé, Louis xi par son activité et l’adresse de ses incessantes intrigues y avait eu aussi quelque part. Enfin doit-on noter les services de Philippe de Commines (1447-1511), historien célèbre doublé d’un homme d’État trop négligé. À l’intérieur, il est vrai, les résultats étaient loin d’équivaloir aux avantages extérieurs obtenus pendant les six dernières années. Louis xi avait gouverné par saccades capricieuses non sans aspirations clairvoyantes. Il voulait réaliser l’unité des poids et mesures et la suppression des péages, conclure des traités de commerce, faire admettre par la noblesse qu’elle ne dérogeait pas en commerçant (innovation alors prématurée). Beaucoup des réformes dont on fait honneur à son initiative ou à ses intentions avaient été préparées et préconisées par les États généraux et provinciaux. Souvent d’ailleurs il s’arrêtait en chemin ou revenait en arrière. En 1464 il avait institué un service postal comme aux temps romains mais à son usage exclusif ; le public ne devait qu’en 1506 être admis à s’en servir. En 1467 il établit l’inamovibilité des offices royaux mais il s’empressa de manquer lui-même à la règle qu’il édictait. Sa politique religieuse fut singulière au point que nul n’en a jamais su démêler les mobiles secrets. Sous le règne précédent une assemblée mi-laïque mi-ecclésiastique s’était tenue à Bourges (1438) pour examiner