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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/145

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l’europe à la fin du xve siècle

méthodique de ses autodafés[1]. De la Castille où l’opinion y était entièrement favorable elle passa, non sans y éprouver quelque résistance, à l’Aragon puis au reste de la péninsule. Entre temps les ordres de Calatrava, d’Alcantara et de Santiago — institutions à la fois militaires et religieuses qui, par leurs privilèges et leurs richesses auraient pu faire obstacle à la royauté — avaient été annihilés, le souverain s’en étant, grâce à la complicité pontificale, proclamé grand-maître. Ainsi se constituait rapidement le soubassement absolutiste sur lequel allait s’appuyer l’impérialisme de Charles Quint.

Le Portugal s’est développé en marge de l’Europe. Aussi l’occasion d’en parler ne s’offre-t-elle guère qu’indirectement. Son existence d’ailleurs déroute celui qui voudrait chercher sur la carte la raison d’être de son autonomie géographique. Le Douro et le Tage, en effet, sont des fleuves foncièrement espagnols qui descendent des plateaux castillans. Pourquoi leurs vallées se trouvent-elles coupées transversalement par une frontière linguistique dont, d’autre part, on ne relève pas dans l’histoire les motifs ethniques ? Les Portugais sont de même origine que leurs voisins ; leur vie première s’est écoulée au milieu des mêmes luttes acharnées dirigées contre l’Arabe, intrus et mécréant. Seulement ici, ces luttes sont demeurées locales et sans horizons. Sur les trois autres façades du quadrilatère ibérique des perspectives intéressantes s’ouvraient ; la quatrième ne donna longtemps que sur le vide de l’océan. La population qui s’y adossait réduite à elle-même et ignorant les contacts éducateurs dont profitaient les autres habitants de la péninsule, ne tarda pas à se différencier d’eux. Elle garda notamment son langage plus intact.

La croisade ibérique attirait nombre de chevaliers étrangers, français surtout. L’un d’eux, un prince de la première maison de Bourgogne, Henri, devenu l’époux d’une fille du roi Alphonse vi de Castille reçut de son beau-père les terres du bas-Douro avec permission d’y ajouter tout ce qu’en ces parages il réussirait à conquérir sur les Arabes. Ainsi naquit le comté de Portugal proclamé indépendant en 1131 et érigé en royaume huit ans plus

  1. Les autodafés (littéralement acte de foi) s’entourèrent constamment d’un appareil religieux solennel et dramatique. Et les gens d’église y eurent, bien entendu, leur part de responsabilité. Mais l’inquisition espagnole demeura avant tout affaire gouvernementale ; la nomination des juges appartint au roi et les confiscations prononcées le furent à son profit. Ce fut avant tout un instrument de tyrannie civile.