Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/140

Cette page a été validée par deux contributeurs.
136
histoire universelle

en lesquels s’unirent comme on l’a dit le faste de l’émir oriental, l’acuité du légiste byzantin et l’esprit pratique du lord anglais. Quant au souverain, il réalisa pleinement les espérances de ceux qui l’avaient élevé. Son long règne (1458-1490) fournit comme le moule de la civilisation magyare. Enthousiaste et belliqueuse, rude et lettrée, violente et indomptable, elle eut dès lors sa formule finale. L’éclat donné par Mathias à sa cour et la force de son gouvernement ne lui survécurent point. Il était sans héritier. Après lui le roi de Bohême fut élu. C’était un Jagellon. Entre ces trois royaumes de Hongrie, de Bohême et de Pologne que menaçaient les mêmes dangers à savoir le germanisme au dedans, la poussée orientale au dehors et dont les institutions oscillaient dangereusement entre le principe héréditaire et le principe électif, il se nouait ainsi de passagères unions qui ne pouvaient conduire à aucune collaboration féconde tant les trois peuples étaient mal faits pour se comprendre et s’associer. Aussi bien le rempart opposé par Hunyade et son fils allait-il céder. En 1526 le roi Louis ii périrait à la bataille de Mohacz à la tête de ses troupes, Bude serait prise par les Turcs dont, deux siècles durant, le despotisme meurtrirait la Hongrie.

À ce moment il n’y avait plus ni Bulgarie, ni Serbie, ni Roumanie, ni Slovénie. Le flot turc avait tout recouvert. Mais nous retrouverons ces peuples aux temps merveilleux de leurs résurrections.

v

Un pape d’autrefois définissait l’Italie « une lyre à quatre cordes qui ne veulent point s’accorder ». Les quatre cordes c’étaient Rome, Venise, Florence et Milan. Naples ne comptait plus aux yeux des Italiens. Non qu’elle ne fût italienne de langage et de race mais l’Espagne y gouvernait. La Sardaigne avait dès le xivme siècle, été arrachée par les rois d’Aragon à la suzeraineté de Pise ; ils lui avaient donné des institutions autonomes sous la direction d’un vice-roi espagnol. Puis ç’avait été le tour de la Sicile et enfin de Naples. La domination espagnole y devait durer jusqu’en 1713 où le traité d’Utrecht lui substituerait celle de l’Autriche. Sous ce régime tout en façade, la ville de Naples vécut une vie d’exubérance sensuelle entièrement dépourvue d’intérêt politique tandis que le royaume dont elle était la capitale somnolait dans une médiocrité retardataire.