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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/135

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l’europe à la fin du xve siècle

des marécages primitifs, séparés de la Germanie par cette sombre forêt hercynienne qu’on mettait, dit-on, neuf jours pour traverser, les Bataves et les Frisons s’étaient longtemps combattus. Les premiers avaient été peu à peu éliminés et les seconds avaient repoussé à main armée le christianisme et la féodalité qu’on voulait leur imposer. Ces Frisons étaient de farouches et obstinés égalitaires. Les évêques d’Utrecht et les comtes de Hollande, leurs voisins, avaient eu la vie dure. Ainsi s’enfonçaient dans le sol les pilotis de la démocratie future. Son heure pourtant allait tarder à sonner. Au xivme siècle, l’extinction des dynasties locales de Hainaut, de Brabant et de Flandre amena aux Pays-Bas, par héritage principalement, la domination de la puissante maison de Bourgogne. Dans les villes le parti populaire l’avait emporté sur le patriciat ploutocratique. Bruges et Gand comptaient alors quatre-vingt mille à cent mille habitants. Le duc Philippe protégea le travail et fit régner l’ordre mais il supprima les libertés municipales. Dinant, Liège qui voulurent résister furent incendiées. Philippe entendait réaliser à son profit l’unité. En Hollande, des lieutenants ou « stathouders » administrèrent en son nom. Il légua de la sorte à son fils Charles le téméraire un État d’aspect compact qui, par un destin bien inattendu, allait en moins d’un siècle devenir successivement autrichien et espagnol sans que pussent être étouffées ses aspirations à l’indépendance et à la liberté.

En Suisse une féodalité mi-laïque mi-ecclésiastique avait pris racine. Il y avait environ cinquante fiefs comtaux. Il y avait en outre des villes libres, Genève, Lausanne, Bâle, Zürich et enfin des communautés de paysans montagnards près desquels l’empire était représenté par un bailli ou « avoué ». La frontière linguistique se trouvait à peu près la même qu’aujourd’hui. Dans la portion du pays que les Alamans avaient germanisée, l’empire dominait en droit et en fait. Dans celle que peuplaient les descendants mélangés des Helvètes et des Burgundes, sa domination était plus nominale que réelle. L’ancien royaume de Bourgogne transjurane dont nous avons raconté la disparition s’était survécu en quelque manière par les traditions d’indépendance qu’il avait engendrées et les empereurs n’avaient pas trouvé possible d’y gouverner directement. Ayant fait choix des sires de Zaehringen pour administrer en leur nom, il leur avait fallu deux siècles durant, compter avec cette puissante famille. Les Zaehringen avaient des tendances guelfes c’est-à-dire qu’ils inclinaient volon-