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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/130

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histoire universelle

ii

De perpétuels partages, des guerres civiles, une sorte d’incertitude territoriale et politique entourèrent l’adolescence polonaise de confusion et d’aléas. Que sortirait-il de ce chaos ? Un foyer civilisateur ou une proie tentante pour des voisins rapaces ? On pouvait croire l’un ou l’autre selon qu’on prenait en considération les qualités des individus ou leur impuissance à se former en société. Au début du xiime siècle, il était venu un chef aux Polonais en la personne du duc Boleslas qui non seulement avait su préparer la résistance à la germanisation mais, en s’implantant en Poméranie, ménager à son pays l’accès à la Baltique. Gnesen, Breslau, Cracovie n’étaient encore que de petites villes à l’aspect primitif ; la vie y était rude mais un début de prospérité et de culture s’y dessinait. Quelques étudiants s’aventurèrent au loin ; on en trouva jusqu’à Paris. Cet effort vers l’unité politique n’avait pas duré. Dès 1177 on avait vu une assemblée de nobles et d’évêques revendiquer le droit d’élire le souverain. À la faveur de l’anarchie, les Allemands avaient repris pied sur l’Oder et en Poméranie. Sur ces entrefaites se produisit une invasion mongole, contre-coup de celle qui meurtrissait la Russie. La résistance de la Pologne fut admirable (1241-1288). Elle servit alors de bouclier à l’Europe et par sa vaillance en assura les destins. Un découragement s’empara d’elle dont l’Église profita : étrange crise morale qui précipita les guerriers inquiets vers le cloître et dont sortit toute une floraison de couvents et d’abbayes. Pour réparer les ruines et combler les vides, des paysans saxons et flamands furent conviés à se fixer dans le pays. On les accueillit bien. N’amenaient-ils pas le travail et la richesse ? Mais Poméranie et Silésie se germanisèrent complètement. Dans Cracovie, Posen, Lemberg, une bourgeoisie allemande se forma, tandis que les juifs déjà nombreux (car la Pologne était tolérante et de mœurs singulièrement libérales pour l’époque) consolidaient et accroissaient leurs fortunes.

Le xivme et xvme siècles furent pour la Pologne des temps heureux encore que bien des germes de périls futurs se développassent sous le couvert du progrès matériel. Le clergé entretenait le mysticisme dont s’alimentait son influence. Les nobles avaient peu à peu héréditarisé leurs privilèges. Ladislas qui se fit roi