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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/121

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le duel anglo-français

moins prudente, moins harmonieuse avec des saccades et des risques imprévus. En face s’ouvrait la perspective réactionnaire toujours séduisante non seulement à ceux dont un retour en arrière servirait la fortune mais aux nombreux craintifs qu’inquiète la nouveauté et que rassure l’évocation même déplaisante d’un chemin déjà parcouru. Les progressistes tenaient la majeure portion de Paris. Sur la rive gauche de la Seine les gens de l’université, volontiers égalitaristes et batailleurs, prompts à s’associer et à pérorer prononçaient des harangues enflammées. Sur la rive droite, les gens des métiers se groupaient derrière la corporation des bouchers portée aux gestes violents. La bourgeoisie éclairée, tout en répudiant la violence, prenait leur parti et le duc de Bourgogne les flattait[1]. Autour du souverain, dont la démence n’était encore qu’intermittente, il y avait une cour assoiffée de luxe et de jouissances et qui dilapidait les finances. Pour subvenir à ses excentricités, la fameuse Isabeau de Bavière, femme de Charles vi, avait été jusqu’à engager les joyaux de la couronne. Mais il restait aussi les conseillers de Charles v rappelés en 1388 et qui depuis lors avaient continué de travailler obscurément au bien du royaume. Parmi les améliorations élaborées et dont les ordonnances de 1389, 1401, 1407, 1409… portent trace, le plus grand nombre sans doute n’étaient pas entrées en vigueur. Elles n’en étaient pas moins prêtes et susceptibles d’une application immédiate[2]. De sorte que le parti progressiste ne possédait pas seulement des troupes et un état-major mais un programme arrêté alors que ni les revendications de leurs adversaires n’étaient aussi précises ni leur organisation aussi compacte. À l’approche de la réunion des États-généraux qu’il avait bien fallu se résoudre à convoquer afin d’en tirer des ressources nouvelles, la situation apparaissait donc avantageuse pour les « Bourguignons » plutôt que pour les « Armagnacs » ; c’est ainsi qu’on appelait les orléanistes du nom de leur chef, parent par alliance du duc assassiné.

  1. Vers ce temps, une « chanson de geste » attardée fut consacrée à Hugues Capet. Il est très curieux de noter que le héros en est représenté comme étant le fils d’un boucher. Et si médiocre était alors la critique historique que le fait fut accepté sans contrôle par certains auteurs dont le Dante.
  2. La « grande ordonnance » du 25 mai 1413 qui, complétant sa devancière de 1357, constituait un code complet d’administration et de comptabilité avec élection des fonctionnaires et garanties contre toute possibilité d’oppression, se trouva amputée par cette réaction comme l’avait été la précédente. Ni l’une ni l’autre ne furent appliquées. Le régime qu’elles établissaient eût été une monarchie constitutionnelle et parlementaire à rouages complets.