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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/116

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histoire universelle

d’écus d’or. Jean s’imaginait sans doute que sa liberté valait bien tout cela. Le dauphin, si bon fils qu’il fut, n’hésita pas à inciter les États-généraux au refus du traité. Son courage civique égalait sa sagesse. Il réussit à organiser une descente de troupes en Angleterre ; ce n’était guère plus qu’une démonstration mais l’insularisme britannique en fut terrifié. La psychologie de Charles lui avait fait trouver le point sensible de l’adversaire. Édouard iii renonça à son traité de Londres et signa celui de Brétigny (1360) dont les conditions étaient infiniment moins dures.

En vingt ans Charles v libéra la France des Anglais en même temps qu’il rétablissait sa prospérité. Légalement il ne fut roi qu’en 1364, à la mort de son père. Pratiquement, il gouvernait depuis la captivité de celui-ci. Il fut un prince admirable, d’une « sérénité d’âme » d’autant plus méritoire qu’elle émanait d’un corps débile et souvent éprouvé par la souffrance. Sa façon, a dit de lui un contemporain, était « rassise à toute heure ». Il eut aimé vivre parmi ses livres et ses tableaux dans cet « hostel de Saint Pol » la demeure construite par lui à Paris[1] et dont il ne reste rien mais, puisque le destin l’obligeait à toutes les formes d’activité, il y obéit sans barguiner et guerroya autant qu’il fallut. Pour l’aider en cette besogne, il se choisit un connétable en la personne de Bertrand du Guesclin. Celui-ci était né à Dinan vers 1320. C’était l’aîné de dix enfants et le moins apprécié parce qu’il semblait « épais, noir et brutal ». La famille était sans fortune. Bertrand ne fit guère d’études mais batailla de bonne heure. La Bretagne souffrait grandement. En 1347 Édouard iii qui la tenait sous sa menace l’« afferma » à un de ses lieutenants qui à son tour « concéda le pays par morceaux à des aventuriers ». Ainsi se formèrent les premières de ces néfastes « compagnies » errantes qui devaient causer tant de mal. On les prenait à solde pendant les campagnes et, durant les trêves, elles restaient sur place pillant et rançonnant. En très peu d’années cette organisation s’étendit sur tout l’ouest et le nord-ouest. La guerre, devenue industrie lucrative, attira dans les compagnies des gens de toutes sortes, valets, ouvriers ou bâtards féodaux ; on y vit des Hollandais, des Irlandais, des Allemands. Impossible d’en avoir raison. À peine dissoutes ici,

  1. Paris était depuis Louis vii, la résidence officielle fixe des rois de France.