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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/107

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la revanche celto-romaine : les capétiens

essayer de grouper les États dits latins sous l’égide française ce fut vraiment là un record d’activité générale. Mais le besoin d’argent incite d’ordinaire à des tractations plus discrètes. Dans la violence des bourrasques qui se déchaînèrent sans l’émouvoir autour de l’impassible et parfois énigmatique figure du roi, on démêle l’influence de passions d’un autre ordre et dont, en tous les cas, il convient de ne point perdre de vue le caractère collectif et populaire. Il est évident que les conseillers de Philippe iv s’étaient sentis en harmonie avec la grande masse de la nation. Ils en abusèrent sans doute et, sur la fin, la nation leur en marqua du mécontentement mais on se rend aisément compte que les États-généraux avaient soutenu vigoureusement en 1302 comme en 1308 les mesures aggressives dirigées tant contre le Saint-siège que contre les Templiers.

Cette convocation des États-généraux demeure l’acte le plus mémorable d’un règne rempli d’événements importants. C’était la première fois que les trois ordres recevaient mandat de délibérer en commun. Dès le principe — en face d’une noblesse domptée et d’un clergé dont toutes les sympathies n’étaient pas aristocratiques, loin de là — le Tiers domina. Une grande liberté avait présidé à la désignation de ses députés ; le suffrage fut généralement à très large base sinon « universel » et, en certains cas, des femmes même exercèrent un droit de vote. L’expérience et le savoir-faire manquèrent dans les délibérations. On marquait de la maladresse à manier l’outil mais l’outil était forgé et de robuste facture. En même temps les autres rouages gouvernementaux avaient achevé de se constituer. Le Grand conseil avait la direction des affaires politiques et administratives. La Chambre des comptes surveillait les finances et contrôlait les « baillis », sortes d’envoyés royaux qui séjournaient dans les provinces pour y représenter le pouvoir central et y empêcher que « messeigneurs de l’Église et messeigneurs les nobles » ne se laissent entraîner à « faire aucune force ». Enfin le Parlement était chargé de la justice. Tous ces corps étaient plus ou moins strictement laïcisés et, pratiquement, aux mains des gens du Tiers. Par ailleurs, seigneurs et prélats conservaient nombre de prérogatives de forme qui maintenaient leur prestige moral ou militaire et les attachaient au service du roi.

Ainsi la monarchie capétienne, dans sa marche régulière et presque ininterrompue, avait préparé à la France issue de la Gaule celto-romaine des institutions conformes à son génie, à ses traditions et à ses destins. Par malheur une nouvelle dynastie