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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/100

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histoire universelle

chanoines replets et tendant la crosse au seul qui fut d’aspect minable en lui disant : « Tiens, prends ce bâton afin de devenir aussi gras que tes confrères ». La foi d’ailleurs n’en était pas moins vivante ni moins absolue la confiance dans le caractère définitif du christianisme en tant que religion émanant de Dieu lui-même et devant peu à peu s’étendre à tout l’univers. Aussi s’alarmait-on à l’idée qu’il pût se diviser en plusieurs Églises. À ce pays qui avait tant souffert — et si longtemps — de l’absence d’unité politique, la rupture possible de l’unité religieuse apparaissait comme une redoutable calamité. C’est là ce qui incitait une partie de l’opinion, d’ailleurs assez indifférente en matière de dogmes, à une sévérité excessive envers les hérétiques qu’elle considérait comme des « fauteurs de troubles » et poussait au bûcher, parfois malgré le clergé lui-même.

Quand le pape Innocent iii inquiet des progrès des Albigeois appela contre eux à une sorte de croisade, il éveilla sans peine l’intérêt des féodaux de France qui flairèrent aussitôt une bonne aubaine. Le comte de Foix, le vicomte de Béziers et surtout le puissant comte de Toulouse, Raymond vi s’étaient laissé plus ou moins gagner par l’hérésie. Les abattre au nom de la foi et s’emparer de leurs fiefs devait tenter de plus petits seigneurs en quête d’aventures et auxquels la royauté faisait de mieux en mieux sentir sa puissance. Le meurtre d’un légat pontifical servit de prétexte. Cinquante mille hommes réunis à Lyon marchèrent sur Béziers qui fut prise (1211) et saccagée de la plus répugnante façon. On massacra sans arrêt plusieurs jours durant. Sept mille vieillards, femmes et enfants périrent dans une seule église où ils s’étaient entassés. Les féodaux affolés de carnage et d’ambition écrivirent là les plus vilaines pages de leurs annales. Leur chef Simon de Montfort fut investi par le pape du comté de Toulouse. Philippe Auguste avait, en fin politique, réussi à s’abstenir de toute participation à pareille « croisade ». Il la laissa s’user par ses propres excès, devinant bien que le résultat final serait d’amener le comté de Toulouse à l’unité nationale. Et ce fut, en effet, ce qui advint. Malheureusement cette guerre des Albigeois très longue, très sanglante et qui désola tout le midi laissa derrière elle des ruines laborieuses à relever. Et par là ces régions que la nature et l’histoire avaient destinées à une si efficace participation à l’œuvre française se trouvèrent empêchées d’y apporter leur appoint au moment où il aurait été le plus utile.