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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/97

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histoire universelle

faire de ce pays, des siècles durant, la pierre angulaire de l’empire ainsi que nous le verrons en étudiant l’histoire celte.

De telles possibilités toutefois ne s’imposèrent que lentement à l’étrange adolescent qui, adopté par César se trouva prématurément investi de son héritage et commença par s’en montrer si peu digne. Timide, maladif en même temps que cruel et retors, Octave avait devant lui une tâche double : il lui faudrait se réformer lui-même et, en attendant, il devait affirmer son droit d’héritier contre Antoine, lieutenant de César et qui prétendait le continuer après sa mort sans l’avoir compris de son vivant. Or Antoine ne voyait que l’orient : la Perse que César avait désiré conquérir pour en tirer les richesses avec lesquelles il pourrait, en occident, creuser des ports, tracer des routes, fonder des bibliothèques ; l’Égypte surtout, plus opulente que jamais et où régnait une femme dont l’histoire, hypnotisée par sa beauté, a négligé de relever l’intelligence politique. Le roman d’Antoine et de Cléopatre n’enlève rien à l’habileté du plan conçu par celle-ci qui consistait à faire peu à peu d’Alexandrie le centre de l’empire, au lieu de Rome. Antoine y songea longtemps. Comprenant la difficulté d’y réussir, il pensa ensuite à Athènes. Ainsi, bien à l’avance, se dessinait la fissure qui un jour diviserait l’empire en deux portions et conduirait Constantin à Byzance.

Le duel entre Octave et Antoine, duel dans lequel toute la force semblait être du côté de ce dernier se termina par sa défaite. La bataille navale d’Actium livrée à l’entrée de l’Adriatique (30 av. J.-C.) fut suivi de la chute de l’Égypte. Désormais Octave que nous n’appellerons plus que du nom par lequel l’Italie lui témoigna sa gratitude et sa confiance, Auguste — restait seul maître. Son dessein fut d’abord de rendre la république à elle-même et, sinon de se retirer dans la vie privée, du moins de dégager, en la partageant, sa responsabilité. Il avait peur. Comment n’eut-il pas tremblé devant la tâche que lui imposaient les évènements ? D’un bout à l’autre du monde méditerranéen, des masses d’hommes n’ayant plus, au soir d’un siècle affreux, qu’une passion, un désir : la tranquillité — s’en remettaient à lui du soin de leur repos et de leur bonheur. Or, écrit Ferrero, Auguste « ne croyait pas à sa propre légende ». C’est pourquoi il s’essaya à restaurer les antiques institutions. Ce fut en vain. Toutes les charges républicaines qui subsistaient de nom et de formes vinrent converger en sa personne. Ce cumul lui fut imposé sans qu’il pût y échapper. Quand il envoyait au sénat les ambassadeurs parthes venus pour traiter, le sénat les lui renvoyait s’en remettant à lui de l’entente