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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/96

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rome

su deviner son avenir. Elle se composait principalement des petits propriétaires installés dans les villes secondaires d’où ils surveillaient ou dirigeaient l’exploitation de leurs terres voisines, y développant à l’aide de leurs esclaves, peu nombreux mais mieux traités que jadis, une culture intensive à laquelle n’avaient pu se livrer ni les modestes citoyens-laboureurs d’autrefois ni les possesseurs de ces immenses domaines dont les pâturages avaient un moment couvert l’Italie. Cette richesse, modérée mais bien répartie, ne tarderait pas à provoquer, principalement dans les régions de Milan, de Modène, de Rimini, d’Ancone la création d’industries rudimentaires, filages, tissages, fabriques de poteries, etc La bourgeoisie nouvelle accusait des tendances égalitaires ; les distinctions de classes tendaient à s’y effacer. Elle allait former l’ordre dit des Décurions et alimenter les administrations municipales. Les jeunes gens y manifestaient des aspirations intellectuelles assez vives, se tournant volontiers vers le savoir hellénique.

Tels étaient ceux auxquels César, aristocrate de goûts et d’instincts mais démocrate de conviction, faisait confiance. C’est parmi ceux-là qu’après avoir abattu Pompée à Pharsale (49 av. J.-C.) et se trouvant dictateur presque malgré lui, il chercha à recruter de préférence des officiers et des magistrats. Ce fut le vrai motif de la conjuration qui se noua contre lui au sénat et dont presque tous les séides étaient des nobles. Cette noblesse qui ne savait plus gouverner savait du moins assassiner à condition d’être en nombre. La scène infamante du 15 mars de l’an 44 fut pourtant sans conséquences profondes. Les conjurés massacrèrent un homme sans défense sous prétexte qu’il aspirait à la royauté, en réalité parce qu’il prétendait en finir avec leur coterie. Mais ils ne tuèrent pas l’idée. Il n’y avait point d’empereur. Bien du temps se passerait avant qu’il y en eut un mais l’empire était fait. Depuis la conquête de la Gaule, il avait sa silhouette géographique ; par l’accession de la nouvelle bourgeoisie aux fonctions publiques il allait posséder sa pépinière administrative.

On s’est demandé parfois si, avant de conquérir la Gaule, César avait connu qu’il trouverait là l’élément pondérateur et régénérateur dont il avait besoin ou bien s’il n’en fit la découverte qu’après l’avoir conquise. Les deux thèses sont soutenables mais qu’importe ? Le fait est qu’entre lui et les Celtes se nouèrent aussitôt des liens puissants. Ces liens furent assez prompts pour qu’à l’assassinat de César, Cicéron ait témoigné d’une vive crainte de voir la Gaule se révolter — et ils furent assez résistants pour