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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/92

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rome

aucune parcelle du sol et auxquels la constitution romaine avait toujours dénié le droit de porter les armes — le second en la dévoyant, en la tournant contre l’État, en faisant d’elle un instrument d’ingérence et de pression politiques au service de celui qui la commandait. On représente trop souvent Marius et Sylla comme des chefs de parti. Ce sont les circonstances et aussi leurs tempéraments particuliers qui orientèrent l’un vers la démocratie, l’autre vers l’oligarchie mais ils ne se souciaient véritablement que de leur propre fortune et ils n’avaient ni l’un ni l’autre ce respect discipliné des institutions par lequel la puissance de Rome avait pu s’édifier dans des conditions défavorables et se perpétuer si longtemps malgré tant de causes de décrépitude. Personne, en somme, n’avait encore osé porter la main sur ces institutions sacrées. Marius en confisquant littéralement le consulat à son profit, Sylla en s’attribuant une dictature sans frein (83-79) et en l’exerçant le plus brutalement, les ébranlèrent définitivement. On peut dire que le jour où Sylla marcha sur Rome à la tête de ses troupes, la succession de la république se trouva virtuellement ouverte.

Tout cela s’était passé au milieu des plus grands périls que put courir un État. La crise avait débuté par l’affaire d’Afrique. Après avoir annexé le territoire de Carthage, les Romains avaient délimité sur la côte deux royaumes vassaux, celui de Numidie correspondant à peu près à l’actuelle province de Constantine et celui de Maurétanie (Algérie et Maroc). Le roi de Numidie, Micipsa mort en 118 avait laissé comme régent et tuteur de ses deux fils leur frère bâtard Jugurtha, homme ambitieux et rusé qui s’était aussitôt emparé du trône et depuis lors tenait tête à Rome. Il achetait tout le monde, aussi bien, dit G. Ferrero « les commissaires envoyés pour épier ses manœuvres que les sénateurs chargés de le juger et les généraux qui venaient le combattre. » Et cela en dit long sur la vénalité qui régnait déjà dans les rangs romains. On avait donc le spectacle singulier de la plus puissante république incapable de maîtriser à sa porte un petit royaume barbare. Marius, placé à la tête des légions, mit fin par son énergie à un tel scandale. Ce fut l’aurore de sa popularité. Elle atteignit au plus haut lorsque, l’an 102 av. J.-C., il tailla en pièces à Aix sur le sol gaulois les hordes teutoniques qui, descendues en masses compactes le long de la vallée du Rhône dévastaient tout sur leur passage. En cette occurrence, Marius fut vraiment un des sauveurs de la civilisation méditerranéenne mais il en résulta une