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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/90

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étaient dites « préfectures » ; un régime spécial leur était octroyé avec, à la tête de leur gouvernement, un préfet romain. Il y avait encore des villes « fédérées » qu’un traité d’alliance comportant quelque tribut ou l’entretien d’une garnison romaine, unissait à Rome. Le sénat avait ainsi à sa disposition tout un arsenal d’avantages réels ou de titres flatteurs comme aussi de mesures restrictives ou coercitives dont il se servait habilement pour dissocier les intérêts, les opposer les uns aux autres et par là empêcher toute coalition en rendant dissemblables, d’une ville à l’autre, les privilèges et les risques. Jamais on ne poussa plus loin les précautions inspirées par la maxime fameuse : divide ut imperes. Diviser pour régner.

Tout d’abord la péninsule italienne n’avait pas trop eu à se plaindre d’un état de choses qui lui procurait l’ordre à défaut de la liberté. Mais peu à peu la tyrannie romaine avait pesé sur elle avec une lourdeur croissante. Les charges militaires d’ailleurs s’étaient faites écrasantes par tout ce qu’il avait fallu fournir d’hommes et de matériel pour des guerres de plus en plus fréquentes, longues et lointaines. Les Italiens — ils formaient maintenant une sorte de confédération morale dont le sentiment de la justice de leur cause constituait le lien — firent entendre des doléances, puis des remontrances, mais en vain. Rome ne voulait pas comprendre. Pourtant dès le début du iime siècle, il s’était rencontré chez elle des citoyens assez éclairés pour apercevoir les bienfaits d’une politique d’unification. De ceux-là, Scipion Émilien et, plus tard, le tribun Drusus furent les chefs éloquents ; il est à remarquer que l’un et l’autre furent assassinés.

Le jour devait arriver où les Italiens perdraient patience. En face d’une situation de plus en plus troublée, ils s’uniraient et prendraient les armes. Ce serait cette étrange lutte de trois années (91-88 av. J.-C.) qu’on a si faussement appelée la « guerre sociale » et qui fut en réalité la guerre de l’indépendance italienne. On ne saurait lui comparer que celle dite de « sécession » qui, près de deux mille ans plus tard, devait ébranler la grande république des États-Unis.

Rome aussi fut en péril et, pour son malheur, elle triompha. La défaite lui eut permis de reconstituer son pouvoir sur des bases plus saines sans rien perdre de ses caractères essentiels. Car la « république italienne » qui luttait alors contre elle, s’était formée à son image avec un sénat, deux consuls, douze préteurs et une armée de légionnaires éprouvés. D’ailleurs Rome ne força la victoire hésitante qu’en décrétant une manière d’amnistie