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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/89

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histoire universelle

accusant la Grèce d’avoir « corrompu » Rome. Caton lui-même d’ailleurs ne fut pas exempt de certaines faiblesses qui enlèvent à ses intransigeances et à ses indignations beaucoup de droits au respect qu’on leur a témoigné. On se demande en vérité comment les Romains auraient eu accès à la culture intellectuelle sans la Grèce.

En ce qui concerne la religion romaine, ce que nous en avons déjà dit suffit à expliquer son peu d’emprise sur les âmes. Depuis longtemps les patriciens n’y avaient plus cherché qu’un prétexte à défendre ce qui subsistait encore de leurs privilèges honorifiques. Les plébéiens, eux, s’en étaient détachés, n’y trouvant ni consolation ni attraits. Dès qu’ils connurent les dieux grecs, Apollon, Déméter, Dionysios, Perséphone, ils s’éprirent de leurs mythes et de leurs légendes. Puis ce furent les dieux égyptiens. Ces cultes d’orient donnaient lieu à des cérémonies originales, vivantes. La pompe en flattait le regard tandis que le symbolisme en intéressait l’esprit. Cela n’empêchait pas d’ailleurs l’incrédulité de faire de rapides progrès dans toutes les classes. À force de discuter librement les aspects de la spéculation philosophique, les penseurs grecs inclinaient maintenant vers une sorte de tranquille athéisme que la mentalité romaine était encore trop fruste pour affronter sans péril. De tout cet ensemble de circonstances résulta une rapide déchéance morale qui se traduisit en faits précis. Intrigues, crimes, débauches se multiplièrent ; des scandales publics et privés éclatèrent en abondance.

Ainsi tout annonçait une crise vers laquelle s’établissait une sorte de convergence générale. Existait-il un moyen d’en détourner la menace ? Il y en avait un. C’eût été d’unifier juridiquement l’Italie et de la faire entrer tout entière dans la cité romaine, de remplacer ainsi le gouvernement d’une ville par celui d’une nation et de puiser dans une semblable réforme les éléments de la régénération devenue indispensable. Pour bien apprécier la portée d’une telle solution, il convient de se représenter la diversité des régimes imposés par Rome aux villes soumises à sa domination. Les unes jouissaient du droit de cité complet, c’est-à-dire du plein exercice des droits politiques combiné avec le bénéfice des lois civiles romaines. D’autres, au contraire, ne possédaient pas le plein exercice de ces droits. Il y avait des villes « sujettes », généralement celles qui jadis avaient capitulé sans conditions et qui restaient sous la férule directe du vainqueur. Certaines