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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/83

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histoire universelle

lutte, Syracuse a l’appui des Carthaginois qui, évincés naguère de l’île par les Grecs, tournent toujours autour avec la pensée d’en tenter à nouveau la conquête. Ainsi le grand duel des guerres dites « puniques » s’engage. En parcourant l’histoire phénicienne nous en avons contemplé le panorama. Du côté romain, la vue est un peu différente ; le détail perd de l’importance au profit des circonstances concomitantes. La guerre contre Carthage n’établit pas seulement les Romains en Sicile. Elle les conduit en Corse et en Sardaigne où il leur faut se fortifier. Elle les entraîne ensuite en Espagne où les aventureux capitaines carthaginois cherchent de fructueuses compensations à leurs premières défaites — et en Macédoine où Annibal a su nouer une alliance avantageuse. Cent vingt années de guerres presque incessantes, cent vingt années d’un effort gigantesque où la fermeté et la constance du sénat romain répondent souvent à la vaillance et à l’endurance de ses légions, cent vingt années d’une lutte au cours de laquelle on chercherait en vain la possibilité d’une paix solide et durable en sorte qu’on ne peut vraiment reprocher à Rome de n’avoir point su la conclure. Entre la prise d’Agrigente (262 av. J.-C.) et cette année 146 qui voit tomber à la fois Carthage et Corinthe et l’Afrique du nord et la Grèce devenir en même temps « provinces romaines », il n’y a pas une seule vraie fissure où accrocher une entente. C’est la bataille pour la possession de la Méditerranée qui continue. Sans cette possession ni Rome, ni Carthage — capitales pléthoriques dépourvues de bases nationales suffisantes — ne pourraient plus vivre désormais. Il faut que l’une s’efface devant l’autre. Et l’on comprend la passion formidable gui soulève les deux adversaires et leur fait accomplir ce double prodige d’improviser, Carthage des armées dont elle n’avait pas les éléments et ignorait le maniement, Rome des flottes qu’elle n’avait appris ni à construire ni à diriger. La victoire vint aux Romains absolue, totale, universelle, dépassant leurs rêves les plus ambitieux puisque, si loin que portassent leurs regards, ils ne voyaient plus d’ennemis capables de leur résister — annihilée pourtant par la déchéance intérieure qui allait en moins d’un siècle les conduire à l’abîme et obliger César à chercher en dehors d’eux les éléments d’une nouvelle construction à laquelle Rome ne fournirait plus qu’une façade et un nom.

La décadence se manifesta moralement, socialement, économiquement, politiquement. Tout craqua à la fois parce que tout était plus ou moins vermoulu, hormis l’armée. Les historiens se