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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/81

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histoire universelle

enviés, il devait advenir que des patriciens arrivistes, désertant leur caste, se fissent adopter par des plébéiens pour avoir le droit de briguer les suffrages populaires en vue de devenir tribuns. Ce jour là la revanche fut complète.

Mais des satisfactions de cet ordre et la conquête d’avantages politiques ne pouvaient résoudre la question sociale laquelle avait un autre aspect bien plus inquiétant. C’étaient l’inégalité croissante dans la répartition de la richesse et le mouvement pour ainsi dire mécanique qui la faisait affluer entre les mains de quelques uns et organisait la pauvreté chez tous les autres, détruisant à mesure qu’elles se formaient ces classes moyennes dont précisément Rome par sa constitution et sa situation se trouvait moins à même de se passer qu’aucune autre cité.

Au début, les guerres incessantes ne laissaient pas au légionnaire le temps de cultiver son petit domaine rural. Et comme, ainsi que nous l’avons dit, il ne recevait point de solde en ce temps là, il avait été forcé de recourir peu à peu à l’emprunt. L’usure — qu’on a appelée le vice romain — avait sévi autour de lui. Bientôt la grande masse des plébéiens s’étaient trouvés aux prises avec de lourdes dettes : situation vis-à-vis de laquelle la loi romaine ne transigeait pas. L’endetté pouvait être emprisonné, ses biens saisis, lui-même et les siens vendus comme esclaves. D’autre part, ces mêmes guerres qui appauvrissaient ainsi les plébéiens enrichissaient les patriciens lesquels s’emparaient des terres de l’État les unes après les autres et dans des conditions fort avantageuses pour eux. On distinguait à Rome la propriété privée et la propriété publique. Cette dernière n’était aliénable que par une loi et de façon tout à fait exceptionnelle. Mais elle pouvait donner lieu à une sorte de location indéterminée comportant le prélèvement d’un dixième des récoltes. Le défrichement et la mise en état incombant à l’occupant, des capitaux étaient indispensables pour une pareille opération qui ne pouvait être tentée fructueusement que sur une assez grande échelle. Le domaine public s’étant considérablement agrandi par suite des conquêtes et des confiscations opérées sur les peuples voisins, les patriciens et les riches se firent attribuer la plus grande portion des terres tombées de la sorte dans le patrimoine de Rome. Pressurant les plébéiens endettés dont les champs se trouvaient voisins des leurs ou enclavés par eux, ils se firent céder ces champs de gré ou de force. Puis ils se dispensèrent peu à peu de payer les redevances et, pour la culture et le service des grands domaines ou latifundia ainsi créés par eux, ils employèrent des esclaves que