Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/78

Cette page a été validée par deux contributeurs.
75
rome

nome qu’elle fut, la légion n’en était pas moins souple et « articulée ». Décrivant ses mérites, Bossuet dit : « On l’unit et on la sépare comme l’on veut : elle défile aisément et se rassemble sans peine ; elle est propre aux détachements, aux ralliements, à toutes sortes de conversions et d’évolutions ».

Cependant une défectuosité grave handicapait au début l’organisation romaine. Les soldats n’avaient point de solde ; les expéditions dès lors ne pouvaient être de très longue durée et l’armée revêtait un certain caractère d’intermittence. Il semble que le sénat ait eu une grande répugnance à accepter le principe de la paie réclamée par le peuple. Il n’y consentit qu’en 405. Dès lors les opérations de longue haleine telles que le siège de Véies devinrent possibles et la guerre changea d’aspect.

Il n’était que temps de fortifier par cette réforme opportune les rouages défensifs car un péril formidable allait fondre sur Rome. Les Celtes de Gaule, maintenant établis dans la vallée du Po, y avaient créé une sorte de « Gaule cisalpine» d’où ils avaient tendance à diriger de fructueuses expéditions vers le sud. Les ennemis de Rome les y incitaient. C’est dans ces conditions que se déclancha la ruée de 390. Les Celtes, que les Romains appelaient Gaulois, arrivèrent devant Rome, s’en emparèrent et la saccagèrent à tel point qu’on hésita à la rebâtir. Ce fut peut-être le seul moment de l’histoire où Rome faillit perdre confiance en son destin. Mais s’étant reprise, elle apporta dès lors à affermir et à étendre sa puissance un vouloir acharné et qui, cessant d’être instinctif comme il l’avait été parfois dans le passé, devint réfléchi et clairvoyant.

Le principal effort dut être dirigé au nord contre les Celtes fréquemment alliés aux Étrusques et qui, à maintes reprises, tentèrent de renouveler leur exploit de l’an 390. Rome ne pouvait avoir de sécurité que lorsqu’elle les aurait rejetés au-delà des Alpes. Il lui fallut deux siècles pour y parvenir. Ce ne fut qu’au bout de ce temps que le résultat visé se trouva obtenu. La prise de Milan consacra la conquête. Les villes de Plaisance, Crémone, Bologne et Parme enlevées aux Celtes, celles de Pise, Lucques et Modène enlevées aux Ligures furent repeuplées et des « colonies » fondées çà et là, selon le plan habituel aux Romains. Ces « colonies » n’avaient rien de commercial. C’étaient plutôt des garnisons, des manières de cités militaires composées de citoyens et de soldats romains avec leurs familles et chargées de maintenir dans l’obéissance les populations conquises.

À l’est et au sud-est, il y eût aussi un effort à faire, moindre en