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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/57

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histoire universelle

où elle commença ses opérations. Mais elle fut rappelée en Macédoine par le meurtre du roi Philippe et l’avènement de son jeune successeur, Alexandre iv, que les siècles devaient saluer à jamais du nom d’Alexandre le grand (336-323).

En l’honorant toutefois, la postérité l’a méconnu ; ou du moins n’a-t-elle pas généralement compris son caractère faute de se rappeler qu’il était monté sur le trône à vingt ans et qu’en lui, l’hérédité et l’éducation avaient déposé des germes d’une force singulière et contradictoire. Son père Philippe était un politique avisé, résolu, persévérant, d’une ambition froide et réfléchie qui ne laissait rien au hasard. Sa mère Olympias d’un tempérament excessif, douée d’une extrême mobilité de sentiments prenait plaisir à diriger elle-même des chœurs de bacchantes et à hypnotiser des serpents. Enthousiaste et exalté comme sa mère, lucide et clairvoyant comme son père, Alexandre reçut dès l’âge de treize ans les leçons du plus illustre pédagogue que la Grèce put fournir, Aristote. Analysant l’enseignement donné au royal élève, Ad. Reinach en résume ainsi les fondements : « Confiance absolue dans la raison humaine et dans les règles de la logique, examen objectif de tous les problèmes, réduction et élimination du surnaturel, exaltation de la dignité de l’homme et de l’activité humaine, conscience élevée des devoirs sociaux, sentiment profond que l’homme libre est seul digne du nom et de la dignité d’homme et que l’Hellène seul est vraiment un homme libre. »

C’est en champion de l’hellénisme qu’Alexandre partit pour l’Asie. Mais il s’en fallait que tous lui reconnussent ce titre et cette qualité. La passion oratoire de Démosthène n’avait point désarmé. Une sorte de rébellion s’était organisée et Thèbes en avait pris la tête. Par la rapidité foudroyante de ses mouvements, le jeune souverain déconcerta ses adversaires. Il s’empara de Thèbes et la détruisit (335). Toute opposition cessa aussitôt et Alexandre franchissant la mer alla débarquer à Troie avec trente mille fantassins et cinq mille cavaliers. C’est avec ces faibles forces qu’il entreprenait, du lieu consacré par le génie d’Homère, la lutte contre le puissant empire perse. Dès le premier engagement, la fortune lui sourit. Bien caractéristique est le geste qu’alors il accomplit en envoyant à Athènes — et non en Macédoine — les armes prises à l’ennemi avec cette simple dédicace : « Alexandre et les Hellènes (sauf les Spartiates) en butin des barbares de l’Asie ». Indiquait-il par là qu’il ne tenait point les Spartiates pour de vrais Hellènes ? On le croirait. Voulant