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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/53

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histoire universelle

bien loin que la guerre eût déterminé chez elle la moindre réaction. Diplomatiquement, commercialement, intellectuellement, Athènes faisait preuve d’une intelligence, d’un équilibre, d’une sagesse, d’une hauteur de vues qui contrastaient grandement avec la médiocrité dont, à tous égards, témoignaient au même moment les gouvernements oligarchiques et celui de Sparte en premier lieu.

La période qui s’étendit pour Athènes de la déroute perse à l’agression spartiate ne fut pas longue : cinquante années seulement (480-431). Mais ce demi-siècle qui marqua le plus haut sommet atteint par l’hellénisme est, du point de vue de l’harmonie humaine, le plus beau de l’histoire et, du point de vue des enseignements qui en découlent, le plus instructif à méditer. On lui a injustement donné le nom de Périclès : hommage rendu à l’éloquence exceptionnelle d’un citoyen que distinguaient en même temps son désintéressement, son dévouement à la chose publique et sa grandeur d’âme. Mais on relègue ainsi dans une ombre injuste les hautes figures de Thémistocle, d’Aristide, de Cimon et de beaucoup d’autres moins en vue qui travaillèrent avec eux à l’œuvre commune. C’est cette œuvre qu’il convient d’honorer ; à travers l’éclat collectif dont elle rayonne demeurent perceptibles les imperfections de chacun de ceux qui s’y sont employés en sorte qu’elle fournit à la fois une leçon et une espérance en montrant quels sont les possibilités et les périls de la liberté associée à la culture.

Athènes reconstruite, agrandie, couverte de monuments avec son annexe nouvelle, le Pirée où derrière de solides remparts s’abritait une population nombreuse dont l’activité commerciale augmentait la richesse générale — un gouvernement issu de la volonté populaire et placé sous le contrôle absolu des citoyens — une armée et une marine vraiment nationales où tous étaient fiers de servir et dont la valeur technique égalait l’élan moral — une floraison artistique et littéraire enfin qui groupait autour d’un architecte comme Ictinos, d’un sculpteur comme Phidias, d’historiens comme Hérodote et Thucydide, de poètes dramatiques comme Eschyle et Sophocle, de philosophes comme Socrate, des élèves dignes de les comprendre et de les imiter, c’étaient là des éléments de prestige qu’aucun État n’avait encore su réunir. Le monde grec fut frappé d’admiration. Athènes en devint le centre ; et non point seulement le centre intellectuel mais le centre matériel. La confédération à la tête de laquelle elle se trouva placée et qui avait pour objet d’assurer la défense commune contre l’éventualité d’un retour offensif des