Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/38

Cette page a été validée par deux contributeurs.
35
l’hellénisme

sont anti-grecques au plus haut degré. Voyez les dieux grecs : des hommes magnifiques mais des hommes — donc imparfaits ; pour la plupart, des sages ; des gens de raison, d’activité aussi. Ils s’assemblent, ils sont sociables, sportifs, très individuels, peu contemplatifs, encore moins livresques. « Chez l’Égyptien, le Juif, le Perse, le musulman, écrit Alb. Thibaudet, la vie religieuse consiste à apprendre par cœur de l’écriture, mais la religion grecque est une religion sans livres ».

Si l’on se demande de quels éléments a été constitué l’hellénisme, on en trouve trois de valeur inégale. Il y a d’abord la base aryenne initiale ; elle est évidente et logique. L’Arya primitif aimait et recherchait l’équilibre, il concevait la beauté de la vie et du travail. Nous avons vu comment l’Inde intempérante le transforma tandis que la Perse pure et sainte, le conservait. Question de climat. Et voici le second élément de formation de l’hellénisme : le climat égéen. C’est lui qui a ciselé la mentalité hellène. La mer Égée forme un tout parfaitement homogène. Entre la côte de Grèce et celle d’Asie, nulle différence. C’est assez loin du rivage que le sol, se relevant de façon brusque, révèle son caractère asiatique. Ainsi l’entière région égéenne participe de la nature méditerranéenne. Partout même ciel harmonieux, même atmosphère légère et transparente, mêmes lignes gracieuses, mêmes vents réglés, mêmes courants dessinant sur les eaux les « sentiers humides » dont parle Homère. Les premiers Hellènes se trouvèrent là comme baignés d’harmonie. Autour d’eux, dit Crozals « rien ne sortait violemment de l’ordre ». Ils s’en éprirent et s’en pénétrèrent. Cependant tout cela n’eût pas suffi, sinon très lentement, à édifier une civilisation si parfaite. Il y eut encore un élément précurseur qui apporta la matière première ; ce fut la Crète et point la Phénicie comme on l’a cru longtemps. La Crète passa dès l’an 3000 av. J.-C. de la période de la « pierre polie » à celle de la métallurgie. Cette classification, on le sait, se base sur la nature de la matière qui fournit à l’homme ses ustensiles, ses armes, ses parures primitives. Chez tous les peuples mais à des dates différentes, l’âge des métaux succédant à celui de la pierre marqua l’étape la plus importante dans la voie du progrès. Le nord de la région égéenne en était encore à ce stade de début que déjà s’élevaient en Crète les palais du roi Minos rappelant ceux des Pharaons avec lesquels les chefs crétois furent en relations dès l’an 2500. Il y a encore beaucoup de mystère autour de ce peuple. Nous savons pourtant qu’il connaissait l’écriture et que son langage était compris dans tout l’archipel. Avant l’apparition