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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/35

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histoire universelle

La première des guerres qu’on appelle « puniques » avait déjà eu lieu (264-241). Elle avait eu la Sicile pour théâtre. Des pirates italiens désignés sous le nom de Mamertins et qui avaient à Messine leur centre d’action demandèrent aux Romains de les aider à lutter contre le « tyran » de Syracuse, Hiéron, qui était alors allié des Carthaginois dont sans doute il avait moins peur que de Rome. Celle-ci saisit avec empressement le prétexte offert. Les hostilités se poursuivirent avec des accalmies pendant vingt-trois ans et présentèrent des alternatives singulières. Rome parvint à débarquer des troupes en Afrique ce qui semblait pour elle essentiel mais Regulus y trouva la défaite et la mort. Par contre ses flottes improvisées connurent le triomphe et ses initiatives révolutionnèrent l’art naval. Il était dans la tradition maritime des Carthaginois de foncer sur l’adversaire pour l’éperonner mais d’éviter l’abordage. Les Romains le recherchèrent au contraire et construisirent des « corbeaux », sortes de grappins gigantesques qui s’abattaient sur le flanc du navire ennemi et livraient passage aux compagnies d’assaut. Moins habiles à lutter contre les éléments, la tempête leur infligea un désastre. Un moment de découragement s’en suivit puis on construisit une nouvelle flotte et, cette fois, ce fut Carthage qui, s’alarmant, préféra s’avouer vaincue ; non qu’elle fut à bout de ressources mais, négligeant à son habitude les données morales, elle estimait la dépense hors de proportion désormais avec les profits éventuels. Elle abandonna la Sicile et s’engagea à payer en dix années un tribut d’environ dix-neuf millions.

Ce ne pouvait être qu’une trêve. On le sentit à Rome ; à Carthage on ne s’en préoccupa point. Tandis que le sénat romain fortifiait les nouvelles acquisitions, la Corse, la Sardaigne, la Sicile et se préparait à une lutte décisive, les Carthaginois se désintéressèrent des initiatives d’Amilcar et de ses projets espagnols. Il serait intéressant de savoir par le menu comment il les mena à bien. Toujours est-il qu’à sa mort, Annibal lui succéda à la tête d’une armée en bonne condition et pourvue du matériel nécessaire. L’établissement carthaginois en Espagne semblait solide. Carthagène fondée en 227 en était la capitale. Annibal impatient de se servir de l’outil dont il avait désormais la disposition provoqua lui-même la rupture malgré les avis ou les ordres qui lui venaient de sa patrie. Il s’empara de Sagonte, ville gréco-latine de la côte au sud de Barcelone et dont un traité garantissait l’indépendance. Puis il quitta l’Espagne emmenant cinquante mille fantassins, neuf mille cavaliers et trente sept éléphants qu’il avait pu se procurer et dresser (en ce temps on en trouvait encore dans