Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/34

Cette page a été validée par deux contributeurs.
31
les phéniciens

Des séries de révoltes éclatèrent à Gadès, en Sardaigne, dans les localités siciliennes où Carthage avait pu maintenir ses privilèges et, sans doute, en Afrique même. Nous ne savons pas bien quelles étaient en ce temps les frontières du territoire continental. Furent-elles jamais précises ? La ligne en allait probablement de Bône à Tebessa et de là à Thysdrus (El-Djem). En dehors de cette ligne les Carthaginois occupèrent Theveste, Cherchel, Icosium (Alger), Thapsus (Philippeville) ; en l’an 206 Circa (Constantine) ne leur appartenait pas. Les entrepôts qu’ils créaient sur les côtes étaient toujours fortifiés et les habitants jouissaient de l’autonomie municipale mais ils ne pouvaient ni frapper monnaie ni armer de navires. Le protectionnisme était excessif et les revenus des impôts et des douanes allaient principalement à la métropole. Dans ces conditions l’effervescence des colonies correspondait presque toujours aux attaques du dehors.

Les effectifs des troupes mercenaires furent variables mais limités. Les remparts qui couvraient Carthage du côté de la terre renfermaient des casernements pour vingt mille fantassins et quatre mille cavaliers seulement. C’est que l’entretien de ces troupes était onéreux. Dix mille hommes et cinquante galères revenaient à un million par mois. Il est probable que peu d’armées dans l’antiquité coûtèrent aussi cher. C’est qu’il y en eût peu d’aussi bigarrées. Celle-ci comprenait des Ibères, des Celtes, des Corses, des Numides et bien d’autres races encore. On les groupait par nations à cause des langages différents parlés par eux. On leur donnait pour chefs des Carthaginois mais souvent deux chefs de même grade appartenant aux partis rivaux afin de les neutraliser l’un par l’autre au point de vue politique : mauvais calcul peu propre à inspirer aux soldats la confiance nécessaire.

L’armée du grand chef de guerre que fut Annibal eut bien entendu un caractère différent. Sa formation se rattache à l’expédition d’Espagne. C’est vers le milieu du iiime siècle qu’Amilcar Barca père d’Annibal entreprit vraiment la conquête de la péninsule ibérique. Les Barca étaient une des familles les plus en vue et les plus ambitieuses de Carthage. Amilcar semble avoir conçu un plan qui rappelle les visées de Bonaparte sur l’Égypte deux mille deux cents ans plus tard : se créer un fief exotique, source de puissance personnelle, et s’en servir ensuite pour dominer la métropole. Mais peut-être, plus patriotiquement, songeait-il surtout à préparer des phalanges aguerries capables d’intervenir utilement dans le grand duel que tous sentaient proche et qui allait mettre aux prises — pour vaincre ou périr — Rome et Carthage.