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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/31

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histoire universelle

Calpé (Gibraltar) et vers l’an 1100 fondèrent Gadès (Cadix). Grande date de l’histoire. Pour la première fois un peuple civilisé entrait en contact avec l’immensité de l’océan, avec la mer sans îles, la « mer infinie dont le mugissement vient frapper au loin les terres » comme la décrit un rapport carthaginois de date ultérieure. Cet océan, ceinture et limite du monde habitable, les anciens en avaient la notion ; ils en avaient aussi la terreur. Les Phéniciens, avides de profits, surmontèrent leur crainte et se glissèrent à droite et à gauche le long des côtes d’Espagne et de Gaule comme le long des côtes d’Afrique. Strabon parle de « trois cents villes » fondées par eux en allant vers le sud ; de simples petites criques visitées, sans doute ; encore le chiffre semble-t-il exagéré. Bien entendu, aucune visée annexioniste. C’est à peine si, chez eux, les Phéniciens marquaient un nationalisme quelconque. Ils acceptèrent la suzeraineté égyptienne du xvime au xiime siècle environ, puis, du ixme au viiime celle de l’Assyrie. Ensuite ce fut Babylone, puis la Perse Ils savaient se défendre pourtant lorsque leurs intérêts matériels étaient en péril. Nabuchodonosor ayant voulu s’emparer de la ville de Tyr, dut y renoncer après une série de sièges qui, dit-on, durèrent treize ans. Alexandre y réussit mais irrité par la résistance rencontrée, plein de haine d’ailleurs envers ces rivaux séculaires du commerce hellénique, il se livra à d’indignes massacres. La prospérité de Tyr disparut à jamais (332).

Carthage, fille de Tyr, reçut d’elle à cette heure suprême son trésor et ses dieux. Il y avait alors près de cinq siècles que Carthage avait été fondée. Utique et d’autres cités phéniciennes l’avaient précédée sur la côte africaine mais elle dut à sa situation géographique si avantageuse une prospérité rapide. Elle devint bientôt la première puissance maritime et commerciale de la Méditerranée. Derrière elle s’étendait un magnifique hinterland qui avait manqué aux villes de Phénicie, à Tyr, à Sidon. Jusqu’à l’Atlas se succédaient des plaines que le moindre effort pouvait rendre merveilleusement fertiles. Carthage y développa des colonies agricoles chargées de la nourrir mais non de la défendre et qu’elle ne sut pas s’attacher par ses procédés de gouvernement. Le gouvernement carthaginois que certains auteurs anciens trompés par d’insignifiantes apparences, ont comparé à celui de Lacédémone ressemblerait plutôt au régime qui par la suite fonctionna à Venise. Dominée par une oligarchie ploutocratique issue du grand commerce maritime, Carthage tendit toujours à