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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/29

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histoire universelle

démocratique dans le monde. Il se fut introduit sans elle, mais elle y a aidé et c’est pourquoi Nietzsche l’a dénoncée comme la race « rebelle », qui a substitué la « morale des esclaves », celle de la foule, à la morale des maîtres, des hommes d’élite, forts et beaux. Toute l’erreur germanique et tout l’antisémitisme moderne tiennent dans ces mots. Certains auteurs ont fait observer d’autre part qu’on ne saurait parler d’une race juive parce que, dispersés depuis dix-huit siècles aux quatre coins du monde, les juifs s’étaient tant de fois mêlés aux autres peuples qu’ils avaient perdu les caractères qui constituent une race. Ce point de vue est erroné. Il est vrai que tant par croisement que par propagande, bien des éléments ethniques différents se sont combinés autour de la religion d’Israël. Mais telle est la puissance primordiale du sang juif que quelques gouttes suffisent parfois à lui assurer la conquête d’un foyer[1]. Cela ne signifie pas du reste que le mouvement dit « sioniste » puisse aboutir à la création en Palestine d’un nouvel État juif solide et florissant. L’avenir en décidera.


LES PHÉNICIENS

Sémites comme les Hébreux et ayant sans doute participé au même exode primitif, les Phéniciens aboutirent à la Méditerranée et en occupèrent la côte au pied du Liban, alors arrosé et boisé. Leur domaine, long d’environ deux cent quatre-vingt kilomètres et large de quarante, fut bientôt insuffisant. Ils y avaient développé avec une habileté et des soins surprenants une culture intensive. Quand l’espace manqua, ils devinrent marins. Peut-être l’avaient-ils été déjà ; dans les îles du golfe Persique se voient encore, dit-on, des ruines phéniciennes datant d’avant l’exode, par conséquent de bien avant le xxme siècle. En Méditerranée, les Phéniciens commencèrent par se livrer au cabotage. Leurs villes, Arad, Béryte, Sidon, Tyr, Jopé, s’échelonnaient sur la côte ; cités autonomes, munies de bon ports, gouvernées chacune par une sorte de roi partageant le pouvoir avec des juges et des pontifes.

  1. La propagande de plus fut jadis fort efficace. On vit au temps de Charlemagne tout un peuple, les Khazars, se faire juifs en bloc.