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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/28

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les hébreux

la Judée était le foyer, les Romains résolurent d’y mettre fin. Ils assiégèrent longuement Jérusalem. La défense fut héroïque. Titus s’en empara le 8 septembre 70. Le temple fut détruit et ses illustres dépouilles servirent à parer un de ces cortèges triomphaux dont, à Rome, la vulgarité dorée n’avait jamais cessé de plaire au public. Jérusalem demeura longtemps un amas de ruines. Relevée plus tard, elle ne reprit son nom que sous Constantin. La chute de la ville avait entraîné la capture d’une masse humaine que Tacite évalue à six cent mille — sans doute les localités avoisinantes comprises. Les combattants massacrés, le reste avait été réduit en esclavage et vendu. On estime que près de cent mille juifs furent alors répartis sur différents points des côtes méditerranéennes. Or il y avait eu déjà, et principalement dans les deux derniers siècles, un essaimage volontaire ; des colonies juives existaient en Égypte, dans les villes d’Asie mineure, de Grèce, d’Italie, en Gaule, en Espagne et jusque sur les bords de la mer Noire et de la Caspienne. Ce sont ces communautés qui furent le premier véhicule du christianisme naissant. C’est là que les apôtres prêchèrent d’abord l’Évangile et souvent sans succès, car ils firent plus de prosélytes parmi les païens qui écoutaient aux portes que parmi les juifs eux-mêmes. D’autre part la Judée était demeurée imprégnée de l’esprit jéhovien. Peu à peu le monde sémitique s’en pénétra et se prépara de la sorte à entendre l’appel de Mahomet. Mais entre le judaïsme et les deux grandes religions à l’éclosion et à la diffusion desquelles il participa directement, s’affirma de plus en plus une différence fondamentale. Les chrétiens comme les musulmans sont incités à la vertu par l’appât d’une récompense extra-terrestre. Les juifs ne renoncèrent jamais à l’espoir de voir se réaliser ici-bas leur idéal de paix universelle et de justice démocratique. Ils attendent l’heure où « l’arc guerrier disparaîtra » et où les peuples « forgeront avec leurs épées des socs de charrue. » Mais ils attendent aussi que Jéhovah « renverse les puissants et exalte les humbles, » qu’il « envoie l’abondance aux pauvres » et « retire aux riches leurs trésors. » Par là ils sont demeurés profondément asiatiques. On ne les connaît guère qu’à travers les capitaux amassés par certains d’entre eux. Âpres et persévérants au gain, habiles et rusés en affaires, ils se sont souvent rendus odieux mais derrière leurs vices se tient un idéalisme obstiné et farouche que les persécutions forcenées dont ils ont été l’objet n’ont fait que renforcer et qui a été grandement servi par l’avènement de la démocratie. Renan a dit que la race sémitique a introduit le principe