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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/21

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histoire universelle

iv

Ils le furent par les princes de Saïs. Vers la mer, des principautés s’étaient formées, quasi indépendantes en fait, vassales en droit du pouvoir central. Saïs était la plus vigoureuse. Elle donna à l’Égypte les Nechao, les Psammeticus, Apriès, Amasis : des chefs qui lui rendirent non seulement l’indépendance mais la prospérité. Seulement ces souverains s’appuyèrent de plus en plus sur les Grecs nombreux maintenant dans le delta. Ainsi l’Égypte et l’hellénisme entraient en contact. Qu’allait-il en advenir ? Une expérience commençait qu’à peine interrompraient un moment les victoires des Perses, à laquelle la gloire d’Alexandre apporterait la plus grande chance de réussite, qui n’en était pas moins destinée à échouer. Pour en mieux saisir l’évolution, délimitons-en d’abord les phases successives. Nous sommes en 600 av. J.-C. L’Égypte est aux mains des princes saïtes qui l’ont sauvée de l’Assyrie. Elle est debout et libre. Cent ans plus tard ses forces vont succomber devant l’attaque de Cambyse bientôt renouvelée par Darius. L’Égypte fait alors partie de l’empire perse non comme une « satrapie » ordinaire mais en conservant sa pleine autonomie. Darius se proclame Pharaon, honore les dieux nationaux et leur élève des temples sans pour cela gagner les cœurs de ses nouveaux sujets. Encore cent années et le joug est secoué. Mais les Perses reviennent à la charge et en l’an 342 reprennent possession de l’Égypte qu’ils saccagent. En 332 Alexandre apparaît ; il est salué comme un sauveur. À sa mort prématurée son empire est partagé entre ses généraux. L’Égypte est dévolue à Ptolémée dont les descendants règnent environ trois siècles jusqu’à la réunion du pays à l’empire romain l’an 30 av. J.-C. Tel est le cadre ; voyons les faits.

Les mercenaires ioniens qui aidèrent Psammeticus à libérer son pays du joug assyrien eussent été d’inefficaces agents d’hellénisation s’ils n’avaient eu à côté d’eux des commerçants de leur race établis dans le delta ou y résidant périodiquement. L’existence de pareils établissements à cette époque est chose certaine. Il y en avait d’autres. Les Phéniciens eurent à Memphis des entrepôts et des magasins formant tout un quartier de la ville. Mais les Phéniciens pouvaient vivre là en simples négociants satisfaits de vaquer à leurs affaires et ne désirant rien au delà. Avec les Hellènes, il en allait autrement. Dès qu’ils posaient le pied quelque part, ils y introduisaient leurs institutions municipales, l’agora et ses libres discussions, les magistrats élus et