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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/20

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l’égypte

l’« ancien empire » et la formule de ce gouvernement n’avait rien perdu de son opportunité et de sa valeur. C’étaient toujours le pacifisme éclairé, la centralisation libérale et le hiérarchisme démocratique dont les curieuses combinaisons firent de l’Égypte ancienne quelque chose de si particulier et de si unique — quelque chose que cimentèrent des conditions géographiques exceptionnelles et dont elles assurèrent la durée. Il convient de s’arrêter plus qu’on ne le fait d’habitude à ce règne de Ramsès iii qui marque la fin d’une époque et clôture trois mille ans d’histoire. Après lui, il restait, d’une part, le peuple égyptien, dont la figure, si puissamment dessinée, ne se modifierait plus jamais. Pas même physiquement. On sait l’anecdote de ces fellahs qui, exhumant de nos jours une statue de bois d’une haute antiquité, y virent aussitôt le chef de leur village tant la ressemblance était parfaite. Le nom de celui-ci resta à la statue. Elle symbolise l’immutabilité d’une race sur laquelle ont passé depuis des dominations multiples sans qu’elle en paraisse altérée dans son type ou détournée de son idéal. Mais d’autre part le régime pharaonique entra dans son déclin définitif. Il perdit son caractère national. Une lente décadence, une somnolence plutôt se manifesta ; il n’y eut durant plusieurs siècles ni événements à longue portée, ni actions d’éclat. Le pouvoir changea de mains et parfois se dédoubla. Un grand-prêtre d’Ammon s’empara du trône. Une dynastie locale régna à Tanis, ville construite au nord-est du delta et dont Ramsès ii avait cherché à faire un point de résistance contre les attaques venant de la Syrie. Les Mashaouash, tribu lybienne qui, depuis longtemps, fournissait des soldats mercenaires aux Pharaons et dont les chefs avaient fini par acquérir une haute situation à la cour en arrivèrent à dominer dans la basse Égypte. Bubastis fut la capitale de cette dynastie barbare. Puis ce fut un roi d’Éthiopie qui, descendant de quelque Pharaon, sans doute par alliance, apparut soudain réclamant le trône et prétendant refaire l’unité. Il vint par le Nil avec toute une flottille et une armée. Rien ne lui résista mais dès qu’il fut retourné chez lui laissant à Thèbes une sorte de vice-roi, la dislocation recommença. Un autre roi éthiopien, Taharka, répéta avec succès la tentative. Par malheur la menace assyrienne grandissait. Déjà en 701, l’Égypte avait manqué être envahie. Elle le fut par Assarhadon qui prit et pilla Memphis (670 av. J.-C.). Huit ans plus tard, Assurbanipal s’empara de Thèbes et soumit le pays jusqu’à la deuxième cataracte du Nil. Mais les Assyriens furent vite expulsés.