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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/192

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français et espagnols en méditerranée

éteinte, s’était donné pour souverain le comte de Champagne, Tribaut, allait dès lors graviter dans l’orbite de la France. À l’ouest, l’État portugais créé en 1139 dans des conditions sur lesquelles nous reviendrons plus tard occupait à peu près son territoire actuel. À l’est l’Aragon se trouvait en quelque sorte jeté à la côte par la Castille dont les souverains régnaient maintenant sur toute la masse centrale de la péninsule du nord au sud, Grenade excepté. Mais ce qui plus encore que la pression castillane devait orienter les rois aragonnais vers la mer, c’était la possession de Barcelone et des Baléares. Et c’est là aussi ce qui faisait leur puissance et les égalait à leurs voisins castillans. La Catalogne, pays de marchands et de marins d’esprit ambitieux et entreprenant, s’adonnait au commerce armé, le seul qui fut possible en ces temps où la piraterie rendait toute navigation peu sûre. Les Baléares précisément servaient de repaire aux pirates arabes. Les rois d’Aragon n’eurent de cesse qu’ils ne les en eussent expulsé. Leurs sujets barcelonais les y incitaient. Barcelone exerçait alors une hégémonie véritable ; c’était un entrepôt de grand commerce et, à l’intérieur, une manière de république. Son conseil semblait un vrai sénat ; son université était renommée ; elle avait droit de battre monnaie et neuf autres villes relevaient de sa juridiction. Les rois d’Aragon comme leurs prédécesseurs les comtes de Barcelone étaient obligés de compter avec les directives de la politique catalane. De là leurs entreprises méditerranéennes. La suite en fut soumise pourtant à l’imprévu des circonstances bien plus qu’à la logique des intérêts.

La Sicile rebellée contre Charles d’Anjou, le roi français que le Saint-siège lui avait imposé en 1265 ainsi que nous l’avons vu plus haut, supportait avec une impatience croissante la brutale et maladroite tyrannie de ce prince et de ses serviteurs. Une haine sourde les enveloppa qui aboutit au fameux massacre des « vêpres siciliennes » le 30 mars 1282. Toute l’île soulevée contre les Français appela à elle le roi Pierre iii d’Aragon qui, par son mariage, se trouvait appartenir à la descendance directe de Frédéric ii. Vainement le pape lança-t-il des excommunications et déclara-t-il le monarque déchu de toutes ses dignités, les Siciliens maintinrent obstinément sa dynastie sur le trône. Bien plus, en 1409, la Sicile devait se laisser annexer par l’Aragon et peu après le roi Alphonse v devait s’emparer de Naples. Si l’on ajoute à ces possessions celle de la Sardaigne et un droit de suzeraineté sur la Corse, on voit que l’Aragon était devenu une grande puissance méditerranéenne. Et cela semblait conforme