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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/190

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francais et espagnols en méditerranée

v

L’action extérieure de l’Espagne moderne s’est manifestée séparément sur les quatre faces du quadrilatère qui représente sa figure géographique. Mais contrairement aux apparences, l’action européenne a été plus profonde que l’africaine et l’action transatlantique plus marquée que la méditerranéenne. C’est cette dernière seulement que nous envisageons en ce moment. Pour la comprendre, il convient de jeter un coup d’œil sur les vicissitudes traversées par l’Espagne depuis le moment où la conquête arabe s’étendant sur la plus grande partie du sol (711) refoula dans l’angle nord-ouest (Galicie et Asturies) les défenseurs irréductibles de la foi chrétienne. Dans cette région âpre et montagneuse, leurs caractères déjà rudes se durcirent encore. À leur tête leur roi Pélage (719-737) les marqua de sa croyance obstinée en la délivrance finale ; et le duel commença qui devait durer sept siècles. Au début tout l’avantage était pour les Arabes. Une civilisation brillante et douce, de grands princes tels qu’Abdérame i, Abdérame iii, Al-Hakkam, le régent Almanzor l’éclat des sciences et des lettres, des constructions magnifiques, une cour étincelante apportait au gouvernement établi à Cordoue dès 759 et érigé en califat en 914 la force que donne le succès. Mais le farouche adversaire toujours armé pour sa croisade guerroyait sans défaillance sur la frontière, descendant peu à peu dans la plaine, y plantant sa capitale, Léon et parsemant la région du haut Douro de châteaux-forts d’où lui viendrait le nom de Castille. Et tandis que ses énergies se trempaient dans la pauvreté ainsi qu’il est arrivé si souvent, le luxe détendait celles des Arabes et ruinait leur cohésion. En 1031 à la place du califat démembré, il y eut une poussière d’États tous riches, tous prospères mais désunis. Dans l’autre camp aussi on se disputait souvent. Il y avait là quatre États de tempérament mal commode : le royaume des Asturies ou de Léon, le premier formé, le royaume de Navarre avec Pampelune pour centre, indépendant dès le début du xme siècle) puis le comté de Barcelone et enfin le comté de Castille de formation récente. Un cinquième État ne tarda pas à naître autour de Saragosse, le royaume d’Aragon. Mais sujets et souverains étaient tenus en haleine par l’idée de la croisade voisine. L’expulsion des musulmans demeurait la grande affaire, celle à laquelle d’elle-même se subordonnaient toutes les querelles intestines. La prise de Tolède en 1085 indiqua de quel côté la balance finalement pencherait. Dès lors la Castille fut à l’avant-