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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/184

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francais et espagnols en méditerranée

leur dictait d’opposer les uns aux autres les émirs d’Alep, de Mossoul et de Damas ; les deux derniers précisément inclinaient vers une entente. Mais par leurs incessantes querelles intestines et leur politique à courtes vues, les princes français réussirent à grouper en faisceau adverse les trois émirats voisins de leurs possessions. Lorsque Saladin qui avait refait à son profit l’unité musulmane (1174) commit en mourant l’erreur de détacher à nouveau les uns des autres les gouvernements de l’Égypte, d’Alep et de Damas, ses ennemis ne surent pas profiter de cette faute. Leur dernière chance se perdit ainsi.

On peut s’étonner que des États si mal dirigés ne se soient pas effondrés encore plus vite. La cause en est dans l’incroyable prospérité matérielle que développa en ces parages non leur prise de possession par des chevaliers français mais la venue des marchands italiens qui avaient suivi les croisés, Vénitiens, Génois, Pisans en guerre dans leur péninsule se trouvèrent d’accord pour exploiter l’orient qu’on ouvrait à leur activité. Venise, Gênes et Pise avaient des flottes de guerre avec lesquelles elle prêtèrent main-forte aux nouveaux souverains moyennant des concessions et des privilèges commerciaux. C’est ainsi que dans les villes de la côte, Beyrouth, Saint-Jean d’Acre, Jaffa, Tyr, Sidon des colonies italiennes se constituèrent. Autonomes et s’administrant elles-mêmes, elles concentrèrent bientôt autour d’elles d’immenses richesses dont tout l’orient — les musulmans compris — se trouva bénéficier.

Après que Saladin eut pris Jérusalem (1189), les croisés qui ne réussirent point à l’en déloger donnèrent en manière de dédommagement l’île de Chypre au souverain déchu. Richard « cœur de lion », venait justement de s’en emparer au passage. Ce nouvel État dont la géographie assurait l’indépendance et la défense prospéra au-delà de toute attente. Une immigration considérable, un commerce qui ne cessait de croître, d’énormes fortunes privées firent du royaume de Chypre un véritable Eldorado. Aux Grecs orthodoxes qui habitaient l’île antérieurement se superposèrent de nombreuses colonies de marchands et de bourgeois venus des divers points de la Méditerranée. La cour de Nicosie demeurée absolument française fut le centre de réunion de tous les seigneurs chrétiens du levant. À Famagouste, capitale commerciale, de superbes monuments gothiques s’élevèrent dont les ruines surprennent sous ce ciel oriental. Trois siècles durant (1192-1473) les souverains se succédèrent régulièrement. Il y en eut d’assez puissants pour se risquer à la guerre. L’un d’eux s’en alla battre les Turcs près