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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/170

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la renaissance

vains efforts pour y implanter la scolastique, on les vit presque tous se replier sur Paris. De ce jour on eût pu prédire la prochaine victoire de l’expérimentalisme éclectique et audacieux dont Frédéric ii avait donné non la formule mais l’exemple.

iv

Cependant la langue italienne s’était lentement élaborée dans le creuset des parlers populaires. Dante (1265-1321) en ses écrits et principalement en son étrange épopée « la Divine comédie » sut la purifier, la compléter et la fixer. Lorsque d’autre part Cimabué et surtout Giotto (1266-1334) eurent, à Florence, émancipé l’art de peindre des règles conventionnelles qui l’entravaient et l’eurent ramené à l’observation de la nature, la réceptivité de l’Italie se trouva au point. C’est alors que se produisit un évènement décisif qui orienta ses destins. Byzance survivait mais autour d’elle la menace ottomane devenait chaque jour plus proche et plus dense. Une émigration commença qui d’abord n’attira point l’attention parce qu’elle ne mettait en branle qu’un petit nombre d’individus mais ces individus étaient pour la plupart des lettrés fuyant la barbarie. Ils transportaient avec eux les précieux manuscrits des bibliothèques provinciales de l’empire, publiques et privées. Eux-mêmes cherchaient à provoquer un mouvement d’opinion favorable à leur patrie encore que beaucoup la sentissent déjà perdue ; et par un juste instinct ils se réclamaient dans leurs discours, leur correspondance ou leur enseignement, de l’aïeule prestigieuse dont l’héritage intellectuel avait été longtemps négligé et vers lequel, au seuil du trépas, Byzance se retournait dévotement. Une grande émotion secoua l’Italie à ce rappel d’une antiquité vénérable. Comme l’a justement écrit Gebhardt, la Grèce, leur voisine, demeurait pour les Italiens « une chose réelle et concrète » au lieu qu’en ce temps là son nom, dans la pensée des Français et des Allemands, ne faisait que « flotter comme une abstraction ». Depuis qu’en 1224, Frédéric ii avait fondé l’université de Naples cherchant à l’égaler à celle de Bologne qui déjà comptait près de dix mille étudiants et à celle de Padoue dont la prospérité allait rapidement grandir, d’autres centres universitaires s’étaient créés : Fermo, Pérouse, Pise, Florence, Sienne, Pavie… Les « missionnaires de Belles lettres envoyés par l’hellénisme agonisant » trouvèrent partout un accueil égal à leur infortune et le zèle qu’ils allumèrent autour des études grecques se revêtit d’un caractère plus sentimental encore que scientifique. N’est-il pas symbolique le geste de