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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/167

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histoire universelle

lagunes. C’est à Florence qu’on verra ce phénomène : une dynastie de banquiers investie du gouvernement et faisant régner l’ordre et la prospérité parmi des pompes artistiques jusqu’alors inégalées. Comment ce dernier trait s’est-il préparé ?

ii

L’Italie, comme le reste de l’Europe chrétienne, avait vécu dans l’hypnose de cet an mille qui, d’après une superstition basée sur des interprétations de prophéties ou de passages de l’apocalypse, devait amener la fin du monde et le jugement des âmes. Certains attendaient le cataclysme à heure fixe pour le dernier soir du siècle. Mais la plupart, moins précis en leurs angoisses, en demeurèrent la proie au delà de la date prévue. Aussi l’agitation fut-elle longue à s’apaiser et la confiance en l’avenir ne revint-elle que peu à peu. Les Italiens furent plus prompts que d’autres à sourire à la vie. Les charmes de leur climat sans doute les y incitaient. Des élans divers se manifestèrent parmi eux qui se traduisirent notamment par la construction de nouveaux édifices et par l’orientation des esprits vers de nouveaux horizons.

C’est en 1063 que fut élevée la cathédrale de Pise à côté de laquelle se dressèrent par la suite le baptistère, le campanile qu’un tassement de terrain dévia bizarrement de la verticale et enfin le « campo santo » ; ensemble surprenant qui dut exercer sur les contemporains une action puissante. Quiconque, aujourd’hui encore, est brusquement mis en présence de ces monuments en ressent une émotion véritable. S’il en analyse les aspects, il discerne harmonieusement combinées, d’une part les traditions antiques léguées par les basiliques païennes avec leurs colonnades et leurs absides ou par les édifices circulaires dont quelques uns — tels le panthéon d’Agrippa, le mausolée d’Adrien (château St Ange) ou celui de Théodoric à Ravenne — ont subsisté jusqu’à nous, de l’autre les influences arabe, byzantine et gothique partout perceptibles. Or c’est là comme une « table des matières » de la Renaissance car tels furent précisément les éléments qui lui servirent de base.

La floraison des cathédrales s’étendit à toute la péninsule : Salerne, Modène, Amalfi, Prato, Volterra, Plaisance, Parme, Bergame, Arezzo, Sienne, Orvieto, Florence Entre temps Saint Marc de Venise avait été rebâti sous sa forme définitive et, en Sicile, les monuments arabes, prompts à s’effriter faisaient place aux constructions si particulières des rois normands dont subsistent à Palerme de magnifiques spécimens. Dernière venue devait surgir au seuil du xvme siècle la cathédrale de Milan, vaste