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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/165

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histoire universelle


LA RENAISSANCE

La grande poussée d’effervescence intellectuelle et artistique qui s’est produite en Italie au xvme siècle fut un phénomène exclusivement méditerranéen mais il faut se garder d’y voir la simple tentative de restauration d’une civilisation périmée. On groupe à tort sous cette appellation abrégée et pas tout à fait exacte de « Renaissance » nombre de faits entre lesquels on risque d’établir ainsi, en même temps que des liens justifiés, de fâcheuses confusions. Pour bien saisir les caractéristiques du mouvement et en pouvoir apprécier la portée, il convient d’en scruter la longue préparation. On y distingue alors de multiples éléments : survivances du passé, réaction contre le présent, importations étrangères, interventions d’individualités puissantes, action des événements

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Les survivances antiques étaient, en Italie, beaucoup plus nombreuses et diverses qu’on n’a coutume de le penser. Elles étaient à la fois ethniques, politiques, littéraires, architecturales Des premières on se rend compte en notant la forte persistance des langues grecque et latine. Les archives de Naples et de Sicile renferment toute sortes d’actes (documents liturgiques, chartes, chroniques) qui prouvent qu’au sud, la population grecque n’avait nullement été éliminée. Lorsque les chefs normands dont nous conterons plus loin l’étonnante aventure, pénétrèrent en Sicile, ils y trouvèrent — et notamment à Palerme leur future capitale — d’importantes communautés grecques. Il en était de même dans le sud de l’Italie où des écoles grecques telles que celle d’Otrante demeurèrent longtemps florissantes. Au centre et dans le nord de la péninsule, le domaine du latin se trouvait plus entamé. Pourtant on plaidait, on prêchait, on chantait encore dans cette langue. Ni la domination des Goths ni celle des Lombards n’avaient entravé le fonctionnement des anciennes « écoles de grammaire ». Dans la seule ville de Bénévent, au viiime siècle, trente-deux professeurs enseignaient les lettres profanes. Sans doute s’agissait-il d’un latin dégénéré et d’un grec obscurci. Il n’en est pas moins permis de conclure que les barbares, tout en couvrant de ruines lamentables la terre italienne n’en avaient point extirpé la semence classique ni transformé le caractère ethnique.