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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/163

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histoire universelle

Réformation. Un souffle belliqueux passe sur l’Église. Les milices enthousiastes des Dominicains et des Franciscains entrent en scène ; cette création de nouveaux ordres représente la troisième intervention monastique dans la conduite des affaires ecclésiastiques ; les Jésuites plus tard opèreront la quatrième. Mais on est loin des pures aspirations bénédictines ; l’idéal s’obscurcit, se matérialise, dévie vers la politique.

Sous le règne de l’empereur Frédéric ii et les pontificats de Grégoire ix et d’lnnocent iv, la querelle reprend furieuse entre l’empire et la papauté. L’Italie est à feu et à sang. La plupart des villes du nord, Milan en tête, se rebellent contre le joug allemand et le pape fait cause commune avec elles. D’autres villes se groupent avec Pavie dans le parti impérialiste.[1] La mort de Frédéric sauve l’Italie. L’empire va passer aux mains des Habsbourgs qui se désintéresseront d’elle et reconnaîtront la pleine indépendance des États de l’Église.

Mais l’orgueil pontifical est sans limites. Il s’exalte sans cesse à considérer « le monde entier comme sa propriété » et « le droit des rois comme une émanation du droit des papes ». L’an 1300, Boniface viii proclame un « jubilé » solennel qui attire à Rome par centaines de mille des pélerins auxquels on a offert des « indulgences » pour racheter leurs péchés. Rome est encombrée. On campe dans les rues. Boniface se croit le maître de l’univers. Il fait porter devant lui les insignes impériaux, le sceptre, le globe, l’épée. Et n’ayant plus d’empereur à combattre, c’est contre le roi de France, Philippe le Bel, qu’il tourne sa colère. Il se déclare établi au-dessus des rois et des empires « pour les gouverner avec une verge de fer » et les briser au besoin « comme le vase du potier ». Suit la scène fameuse d’Anagni. Guillaume de Nogaret envoyé du roi Philippe rencontre le pontife dans cette ville et perdant toute retenue, oubliant le caractère de sa mission, l’âge et la dignité de celui auquel il parle, s’emporte et insulte Boniface. Le frappa-t-il lâchement de son gantelet ? Le bruit s’en répandit. L’attentat en tous les cas eût dû avoir à travers la chrétienté une répercussion formidable et ne l’eût pas. C’est que, sans que la foule se détachât des croyances chrétiennes, un grand mécontentement se manifestait en Europe contre les dirigeants de l’Église.

  1. C’est ce qu’on a appelé la guerre des guelfes et des gibelins. Ces noms n’ont aucune raison d’être. Ils viennent d’un duc de Bavière nommé Welf (guelfe) et d’un seigneur de Wiblingen (gibelin) qui s’étaient disputé la couronne impériale ; dispute qui n’avait, en somme, aucun rapport d’origine avec les évènements d’Italie.