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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/16

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l’égypte

en lui la stupeur engendrée par le contact matériel d’une si formidable aberration de l’esprit humain. En présence de cette succession inouïe de tombes royalement décorées, comment douter de la longue emprise exercée sur l’Égypte par la doctrine de l’incarnation divine dans les corps d’animaux ? Aux temps antiques, les voyageurs déjà s’en émerveillaient. Leurs explications ne nous satisfont pas plus qu’elles ne semblent les avoir satisfaits eux-mêmes. Si ces témoins oculaires trouvèrent malaisé d’interpréter sur ce point la mentalité égyptienne, notre inhabileté à y parvenir n’est guère surprenante. On connaît aujourd’hui les dédales de la religion des Égyptiens ; il est vain de prétendre qu’on la comprenne. Mais demandons nous si nos coutumes ou nos croyances actuelles seront toujours compréhensibles à ceux qui vivront dans plusieurs milliers d’années. D’autre part il semble certain que, de bonne heure, l’élite intellectuelle de l’ancienne Égypte s’éleva à la conception d’un Dieu unique et immatériel. « Dieu seul et un salut à toi, l’Unique, Dieu, âme du monde » répètent des papyrus ou des inscriptions murales. Pourtant ce spiritualisme monothéiste gagna peu de fidèles. La foule garda sa préférence à des divinités variées et continua de rendre des honneurs divins au bœuf noir tacheté de blanc en lequel s’incarnait Osiris, prenant le deuil à la mort de l’animal et saluant son successeur par des transports d’allégresse. Elle continua surtout à penser que l’individu mis au tombeau y vivait d’une vie diminuée mais certaine qu’il fallait entretenir en préservant de toute destruction définitive la forme corporelle ou au moins l’image du défunt. De là ces innombrables statues ou statuettes d’un art si vivant qui ont été trouvées dans les tombeaux, ces reproductions en miniature d’objets familiers, de meubles, d’ustensiles, ces fresques enfin montrant les scènes les plus variées de l’existence égyptienne. Des formules consacrées inscrites sur la tombe assuraient au mort la jouissance des réalités correspondantes aux objets qu’on plaçait ainsi ou qu’on figurait auprès de lui. Il semble qu’au début les bonnes ou mauvaises actions d’ici-bas ne dussent guère exercer d’influence sur son sort. « Du moment que les rites avaient été accomplis et les prières prononcées sur lui » son avenir était sauf. Mais par la suite, à côté du corps et de son « double », on admit une sorte d’âme moins matérielle laquelle devait comparaître devant Osiris pour être jugée. Le Livre des morts dont nombre de momies contenaient des copies ou des passages enseignait à l’âme à se défendre et énumérait les fautes dont elle devait se déclarer exempte. Dans