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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/152

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venise

reçut quelque ébranlement. On apprit en occident que tout ne se passait pas à Rome avec autant de vertu et de désintéressement qu’on l’avait cru et que les musulmans n’étaient point les sacripants qu’il avait semblé ; qu’aussi bien Mahomet n’était pas mort « dévoré par les pourceaux » comme la légende en avait circulé. Par ailleurs le commerce et l’industrie virent s’ouvrir devant eux de vastes horizons et, surtout, la féodalité reçut un coup mortel dont elle ne put jamais se relever complétement. Les innombrables petits fiefs qui entravaient tout progrès et limitaient tout horizon disparurent. Leurs possesseurs endettés vendirent des terres ou durent renoncer à des privilèges dont ils n’avaient plus l’autorité nécessaire pour imposer l’observation. Tous ces changements, bien entendu, s’accomplirent lentement et les contemporains ne s’en rendirent compte que très imparfaitement. L’histoire est rarement pressée. Le progrès matériel et le progrès intellectuel pour n’être pas immédiats n’en furent pas moins décisifs. Les croisades taillèrent dans l’enceinte de la société occidentale murée en son ignorance et son étroitesse, la brêche bienfaisante par laquelle tout l’avenir devait passer.


VENISE

L’histoire de Venise qui s’étend sur une période d’environ mille ans ressemble à quelque magnifique représentation théâtrale coupée de ballets et de divertissements et se déroulant dans un décor surprenant : représentation qui aurait toutefois cette double singularité que l’apothéose y surgirait au milieu et non à la fin, et que l’intrigue, d’une belle ampleur et d’un constant intérêt, débuterait et se terminerait petitement.

Le début, ce fut en effet, aux vme et vime siècles, la fuite éperdue des populations du littoral devant les invasions barbares et le refuge cherché par elles dans les lagunes boueuses où s’enfoncèrent les premiers pilotis de Venise ; le terme, ce fut onze siècles plus tard (1797) l’abdication peureuse et précipitée devant Bonaparte qui, par un acte aussi inintelligent qu’immoral, donna Venise et son territoire à l’Autriche.

Dès l’an 774, le groupe des îlots artificiellement agrandis où se forgeait, au contact des rudes industries de la mer, l’énergie